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MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS
DEPe ne re LA MEMOIRES POUR SERVIR À L'EXPLICATION
DE
LA CARTE GÉOLOGIQUE DÉTAILLÉE DE LA FRANCE
RECHERCHES
SUR
LA CRAIE SUPÉRIEURE
DEUXIÈME PARTIE
PALEONTOLOGIE LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE
PAR
A. DE GROSSOUVRE
INGÉNIEUR EN CHEF DES MINES
TEXTE
PARIS IMPRIMERIE NATIONALE
M DGCC XCHII
9] FÉVRIER 1894
LES AMMONITES
DE
LA CRAIE SUPÉRIEURE.
ge
INTRODUCTION.
Les ammonites de la craie supérieure n'ont donné lieu, en France, qu'à un très petit nombre de travaux descriptifs.
Dujardin, le premier, a décrit et figuré en 1837, sous le nom d’Ammonites polyopsis, une espèce de la craie sénonienne de la Touraine.
Un peu plus tard, en 1840, d'Orbigny faisait connaître quatre nouvelles espèces, Ammonites Pailletteanus et Am. tricarinatus, de la craie des Corbières, Am. Lafresnayeanus du calcaire à baculites du Cotentin, et une autre espèce de | ‘ce même terram, qu'il rapportait à tort à Am. lewesiensis, Sowerby, nom qu'il remplaça ensuite, en 1850, par celui de Am. gollevillensis, sans compter un autre ammonitidé de cemême gisement, Am. Vernewk, qui vraisemblablement est un scaphite. !
En 1847 et 1848, de Buch et Thiollière décrivaient presque simultané- ment deux formes des grès verdâtres sénoniens de Dieulefit, remarquables par la simplicité de leur ligne suturale, auxquelles ils donnaient les noms d’Am- monites Ewaldi et Am. Robini.
D'Orbigny en 1850 () et Coquand en 1859) ont établi toute une série d'espèces pour des formes provenant principalement de la craie de la Tou- rane et de celle de l’Aquitaine. Mais äls n’ont fourni, à l'appui de la création de ces nouveaux types, que de courtes diagnoses insuffisantes pour les définir
Prodrome de paléontologie stratigraphique.
®) Synopsis des fossiles de la formation crétacée du sud-ouest de la France.
1
LMPRIMSAIE NATIONARE.
2 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
complètement. Il en est résulté que les noms proposés ont été le plus souvent appliqués à des types fort différents les uns des autres et que leur emploi a amené de fréquentes confusions.
Depuis lors, cette partie de notre faune fossile a été complètement délaissée et c’est seulement dans ces dernières années que M. Fallot nous a donné une monographie des espèces des grès sénoniens de Dieulefit. Tout récemment, M. Seunes, dans un mémoire en cours de publication, a commencé la des- cription des ammonites du calcaire à baculites du Cotentin et de la craie cam- panienne de la région sous-pyrénéenne.
Pendant cette longue période paraissaient à l'étranger les belles monogra- phies de MM. F. von Hauer, Schlüter, Fritsch et Schlônbach, Redtenbacher, Stoliczka, auxquelles 11 a fallu recourir jusqu'à ce jour pour l'étude de nos échantillons de France. On pourrait croire que cette lacune dans les travaux scientifiques est due à la pauvreté des gisements que notre territoire pos- sède; cependant il n'en est rien et les couches crétacées de la Touraine, de l’Aquitaine et des Pyrénées renferment des richesses dont l'existence nous a été révélée par les travaux de nos savants confrères, MM. Arnaud, Péron, Seunes, Toucas, etc. ;
Amené, par mes recherches sur la stratigraphie générale de la craie supé- rieure, à reconnaître l'importance que les ammonites présentent pour la fixa- tion des divers horizons, et pénétré de l'utilité que le géologue peut trouver dans l'étude de leur répartition pour débrouiller les quesuons de parallélisme si discutées et encore en litige, j'ai porté mon attention de ce côté et, grâce aux communications qu’un grand nombre de géologues ont bien voulu me faire, je suis arrivé à reconnaître que nous possédons en France la plupart des espèces déjà décrites à l'étranger, auxquelles s’adjoignent une assez grande quantité de types nouveaux. J'ai pensé qu'il pouvait être de quelque utilité de publier le résultat de mes recherches, et, grâce au bienveillant appui de M. Michel Lévy, directeur du service de la carte géologique de France, mon travail a été admis dans les mémoires publiés par ce service.
Les échantillons d’ammonites de la craie supérieure sont presque partout peu nombreux; 1l serait même plus exact de dire qu'ds sont d'une extrême rareté. Il en résulte que dans ce travail bon nombre d’espèces n'ont pu être figurées que d’après des exemplaires assez défectueux; on ne rencontre, en effet, que bien peu de gisements appartenant à la craie supérieure où les conditions de fossilisation soient assez satisfaisantes pour permettre d'y re-
INTRODUCTION. 3
cueillir des échantillons comme ceux que les couches jurassiques nous offrent
grande abondance ; d'ordinaire la nature de la roche est
absolument défavorable à la conservation des détails de l’ornementation, et
généralement en si
dans certains gisements, comme ceux des Pyrénées, par exemple, les actions mécaniques, auxquelles les couches ont été soumises postérieurement à leur dépôt, ont écrasé et déformé les individus qui s’y trouvent fossilisés. C’est à . cause de cette déformation que j'ai cru suffisant de figurer, seulement vus de côté, certains échantillons aplatis pour lesquels la représentation du bord ventral ne donnerait aucune indication utile.
On pourra s'étonner que certains types sont seulement représentés par des fragments : c'est qu'il m'a semblé que dans ce mémoire, destiné particuliè- rement à l'étude des questions stratigraphiques, il convenait de ne négliger aucun des documents recueillis ; J'ai pensé qu'il y avait intérêt à conserver la trace de toutes les formes qui ont peuplé autrefois les mers crétacées, en raison de la rareté de leurs débris et de leur importance pour la chronologie géolo-
gique. Plus tard, de nouvelles découvertes permettront de mieux définir ces :
types, mais, en attendant ce jour, leur présence à certains niveaux bien déter- minés sera du moins constatée par la publication des fragments que j'ai été en mesure d'étudier.
Par contre, il s’est trouvé quelques formes pour lesquelles j'ai eu la bonne fortune d’avoir en main un nombre assez considérable d'exemplaires ; il en est résulté que J'ai pu consacrer à ces espèces un certain nombre de figures, soit pour les montrer à leurs divers degrés de développement, soit pour mettre en relief les variations notables qu'elles peuvent subir dans leur orne- mentation.
De cette manière, je suis arrivé à rattacher à un même type spécifique des échantillons qui, pris isolément, paraïtraient, au premier abord, constituer des espèces bien nettes et bien tranchées. Malgré cela, ceux qui n'auraient pas sous les yeux la série complète d'échantillons établissant le passage gra- duel entre les diverses formes, pourraient encore être disposés à contester l'identité spécifique des types figurés.
Habitué, par l'étude de séries d’ammonites jurassiques représentées par un nombre considérable d'échantillons, à voir les formes les plus différentes comme aspect se coordonner autour d'un même type, je suis disposé à concevoir l'espèce géologique dans un sens très large, et je crois que pour éviter la confusion: à laquelle aboutit la multiplication des noms spécifiques
1.
pr LES AMMONITES DE LA CRAÏE SUPÉRIEURE.
pour des formes qui ne sont, en réalité, que des variétés d'un même type, il faut employer la nomenclature trmominale, c’est-à-dire adjoindre au nom spé- cifique un nom de variété. On peut ainsi, tout en mettant en relief le type de l'espèce, établir dans la série des formes qui viennent s’y rattacher un certain nombre de points de repère destinés à préciser les idées.
On constate, d’ailleurs, que deux tendances absolument opposées se font jour dans l'étude des documents paléontologiques que les temps géologiques . nous ont légués.
D'une part, le géologue stratigraphe ne peut se défendre d'un certain effroi quand il voit démembrer indéfiniment certains types classiques, ou bien créer à côté des espèces anciennes de nouvelles qui en diffèrent par des caractères si délicats, si peu tranchés, que leurs auteurs eux-mêmes sont parfois bien embarrassés pour les reconnaître. I se demande si cette richesse de la nomen- clature ne risque pas d'engendrer la confusion, si elle-ne surcharge pas inuti- lement la mémoire et si elle n'aboutit pas finalement à cacher sous de nou- -veaux noms des formes qui se rattachent incontestablement à des types connus sous d'autres dénominations, de telle sorte que deux listes de fossiles com- posées de noms différents indiquent, en réalité, une même faune géologique.
Par contre, on voit aussi s’accomplir un travail inverse sans qu'il soit tou- jours possible d'en bien saisir la raison; le même auteur, qui a disloqué et divisé une espèce ancienne, rassemble, sous le même nom spécifique, des formes que, par tradition, l'on est habitué à considérer comme distinctes.
Ces deux tendances opposées correspondent à deux méthodes scientifiques que l’on retrouve dans toutes les sciences, l'analyse et la synthèse.
Mais si l'analyse peut être guidée dans ses recherches par des considéra- tions générales qui appartiennent à la synthèse, elle ne doit pas moins précéder cette dernière, et celle-ci ne peut avoir de base solide que si elle a à sa dispo- sition un grand nombre de faits exactement constatés.
C’est pour cela qu'il ne faut pas trop se plaindre de la multiplication des espèces et des genres; en précisant avec soin les diverses formes, en étudiant leurs groupements au point de vue des affinités, en recherchant leur distri- bution dans le temps et dans l'espace, l'observateur amasse des matériaux qui permettront plus tard d'accomplir un travail de synthèse encore impossible aujourd'hui, et grâce auquel on arrivera à reconstituer avec certitude l’ordon- nance de l'édifice de la création.
Toutefois, s’il est utile de définir dans une série de formes variées, ayant
INTRODUCTION. 5
vécu à la même époque et se reliant les unes aux autres, un certain nombre de types servant de points de repère, il n’y a aucun avantage à élever ces der- diers au rang d'espèces, et c'est pour cela que j'ai cru devoir adopter, quand l’occasion s’est présentée, la nomenclature trmominale, afin de mettre en évi- dence les liens qui rattachent les unes aux autres des formes qui ne sont mani- festement que des variétés d’un même type.
Il est facile d'arriver à ce résultat quand on possède un nombre d’échan- tillons suflisant pour réunir deux formes extrêmes par une chaîne continue d'mdividus intermédiaires. Cependant, même en dehors de ce cas, on peut encore établir l’équivalence spécifique en se basant sur les corrélations qui existent entre les divers caractères employés pour la détermination des es- pèces; il suffit pour cela de rechercher comment la variation de l’un d'eux dans un certain sens entraine nécessairement celle des autres dans un sens déterminé. On sera ainsi en droit de conclure à l'identité spécifique de deux formes sans avoir nécessairement sous les yeux tous les intermédiaires qui les relient.
Les caractères par lesquels une ammonite est distinguée et définie sont basés sur la forme générale de la coquille et son ornementation, c'est-à-dire sur la forme des tours, celle de la spire d'enroulement, celle de l'ombilic, l'ornementation des tours, la force et la disposition des côtes et des tubercules qui s'y trouvent. À ces caractères on peut ajouter les suivants, qui ne sont pas toujours suscepübles d’être observés : la longueur de la chambre d'habitation, la forme de la bouche et le dessin des on
Les tours peuvent être plus ou moins épais ou comprimés, à section ellip- tique, subquadrangulaire, etc., à bord externe plus ou moins arrondi, ou tran- chant (caréné), ou muni d’une quille plus ou moins nettement détachée des flancs, etc. à
La forme et la grandeur de l’ombilic sont assez souvent considérées comme donnant de bons caractères ; ceux qui sont basés sur la disposition des parois ombilicales, plus ou moins verticales ou inclinées et la manière plus ou moins nette dont elles se séparent des flancs, sont aussi fréquemment employés pour distinguer des types VOISINS.
Les données principales sur la forme générale de L coquille sont réunies dans un tableau numérique où l’on rapporte au diamètre total considéré comme égal à 100, la largeur de lombilic, la hauteur et l’épaisseur du
dernier tour à ses deux extrémités.
6 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Ces quantités sont alors disposées de la manière suivante, en prenant comme
exemple l'échantillon de la planche XXXII :
Diamétre deiéchan lion PÉPCPRPERRREREEERTERE 174ne Diametre LOCAL rue le a M Re ee eue LT US ee NOTE 2e 100 Diamètre-de ombilie: MUC, EME DA EM JEPE 23 Hauteur duidernier tour MMA 6 Épaisseur dus dernienttonns Eee A Al ste UE Rs ReEr ho Hauteur de l’avant-dernier tour....................... 23 Épaisseur de l’avant-dernier tour. . .................... \ où Partie proportionnelle de l'avant-dernier tour recouverte par
le TeLNIEL An ee PER DT ANANEMENNEReRRER POLE 3/4
Il me paraitrait préférable, au lieu de rapporter toutes les dimensions de l'échantillon au diamètre total, de prendre comme terme de comparaison la hauteur du dernier tour. Les rapports des autres dimensions à celle-ci auraient l'avantage de faire ressortir plus nettement, au premier coup d'œil, la manière dont les tours s’enroulent, s’accroissent et se recouvrent. D'un autre côté, si l'échantillon examiné se trouvait être incomplet de manière à ne pas permettre la mesure du diamètre total, on se trouverait dans l'impossibilité d'établir pour lui un tableau comparatif comme celui que je viens de donner, tandis qu'avec le système que je propose la comparaison serait toujours possible, au moins avec un certain nombre des autres éléments. Les données numériques du tableau précédent se trouveraient alors présentées sous la forme suivante :
Dramètretdeliéchantilon ÆRPPPEP ERNEST ANT Hauteundu dernier tour: PP EEE Et 100 Épaisseur du‘dernier tours 2 EUR MON MENU 86 Hauteur de l’avant-dernier tour. ...................... 49 Épaisseur de l’avant-dernier tour..................... A5 Diamètre:total Penn ET EEE AOL RACE SNS ETS RE AS 214 Diamètre de l'ombilic. ............................. 5o
Recouvrement proportionnel de l’avant-dernier tour par le TÉRIEL EE en EN NL NMEQLMENT EEE ER ITR re hou HO
Du reste, dans le présent travail, je m'abstiendrai de donner ces tableaux numériques, parce.qu'il sera toujours possible à chacun de: les établir exacte- ment d'après les figures qui ont été obtenués au moyen de clichés photo- graphiques; elles donnent avec la plus grande précision les, dimensions des échantillons, toutes les fois que ceux-ci n’ont pas subi de déformations.
INTRODUCTION. 7
H est d’ailleurs bien évident, et je vais développer cette considération, que les données numériques fournies par les tableaux précédents n’ont qu'une va- leur absolument relative ; elles se rapportent à un individu donné pour une certaine grandeur de cet mdividu, mais, d’une manière générale, on peut s’at- tendre à ce qu'elles varient d’un échantillon à un autre et, pour chacun d'eux, suivant la taille à laquelle elles seront prises.
Une forme donnée d’ammonite présente, en effet, des caractères bien dif- férents selon son degré de développement; non seulement la grandeur de lombilic peut varier .avec l’âge, mais la forme générale et le mode d'orne- mentation éprouvent aussi des modifications importantes. Le bord externe, arrondi dans le jeune, deviendra tranchant plus tard, puis de nouveau arrondi à une taille plus grande encore. Les tours, comprimés dans le jeune, pourront être plus ou moins renflés dans l'adulte; la coquille, privée d’ornementation sur les premiers tours, sera ensuite costulée ; les côtes, d’abord simples, pour- ront plus tard se subdiviser, s’orner d’épmes ou de tubercules, etc. En un mot, les variations de la coquille, dans ses diverses périodes de développe- ment, sont si considérables que souvent on aura beaucoup de peme à considérer au premier abord, comme appartenant au même exemplaire, les tours internes et les derniers tours d’une coquille. Qui pourrait reconnaître, par exemple, au premier coup d'œil, le jeune d’Ammonites Woolgari (Sharpe, Fossil Molluska of the Chalk, pl. XI, fig. 1) dans l'échantillon représenté même planche, fig. 2? Il semble d’ailleurs que les différences si prononcées qui existent fréquemment dans l’ornementation du jeune et de l'adulte se sont produites chez les ammo- nites de la fin de l'ère crétacée, d’une manière plus accusée encore que chez celles de l'ère jurassique.
H y a là une source d'erreurs et de confusions qui ne peuvent être évitées que par l'examen d'un nombre suffisant de matériaux : ainsi, j'ai eu l'occasion de montrer ailleurs que Schlônbach, et avec lui la plupart des paléontologues, ont rattaché à tort à Ammonites procerus une série de formes adultes qui n’ap- partiennent même pas au groupe du type de Seebach défini par un individu jeune.
On peut donc dire qu’une forme donnée d’ammonite n’est complètement définie que si elle est bien connue dans ses diverses phases de développement, et je dois avouer que pour un bon nombre des espèces que je vais dé- crire, il existe à ce sujet une lacune regrettable, car la rareté relative des ma- tériaux que J'ai eus à ma disposition ne m'a pas permis de pouvoir observer,
5 . 8 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
pour toutes, les divers stades de l'évolution. Peut-être plus tard, la découverte de nouveaux échantillons amènera-t-elle à considérer comme appartenant au même type spécifique des espèces que je crois devoir distinguer.
Une forme donnée présente donc une série de stades, où périodes de déve- loppement, dans chacun desquels elle possède des caractères spéciaux et sou- vent fort différents les uns des autres ; d’ailleurs, 11 est tout naturel d'admettre que parmi les individus se rattachant à un même type, il en est qui atteignent une taille plus ou moins considérable, tandis que d’autres restent nains. Ainsi, taille et degré de développement sont deux choses absolument distinctes et, par conséquent, deux échantillons donnés ne doivent pas être comparés à la même taille, mais dans la même période de développement.
Examinons donc comment, dans un même stade, les formes se rattachant à un même type spécifique peuvent varier dans leurs divers caractères.
Le premier trait qui frappe, c'est qu'à côté d'individus plus où moins plats, plus ou moins comprimés, il s’en trouve d'autres plus ou moins renflés qui se rattachent incontestablement au même type, ainsi qu’on peut le voir dans bien des cas, lorsque l'on a suffisamment d'échantillons à sa disposition.
Les exemples de ces variétés plates ou renflées sont nombreux et présents à l'esprit pour certaines espèces bien connues, telles qu'Ammonites macro- cephalus, Am. varians, eic. On a voulu voir dans ces différences une relation de sexe, et beaucoup de paléontologues attribuent les variétés à tours com- primés aux mdividus mâles, et les variétés à tours épais aux femelles. Cette opinion a contre elle ce fait qu'il existe tous les intermédiaires entre les variétés extrêmes. à À
À ces modifications dans la forme générale des tours correspondent toute une série de changements.
En premier lieu, on peut remarquer que dans un type spécifique les indi- vidus ont l'ombilic d'autant plus étroit que les tours sont plus comprimés ; Ammonites varians et Am. Coupé, Am. cordatus et ses variétés en fournissent de bons exemples.
En même temps que l'ombilic devient plus petit, il devient aussi propor- tionnellement plus profond et prend une forme analogue à celle d’un enton- noir.
La section des tours varie elle-même suivant leur degré de renflement ou de compression; le bord externe est d'autant plus pincé que les tours sont plus élevés, c'est-à-dire que l'ombilic est plus étroit.
=
INTRODUCTION. 9
L'ornementation de la coquille subit des modifications correspondantes ; sur les individus à tours renflés, elle est moins serrée, plus saillante et plus vigoureuse que sur les individus à tours comprimés : c'est ce que montrent bien les exemples déjà cités, et en particulier Ammonites varians et sa variété Am. Coupé.
D'après ces prenmères données, on voit combien sont peu solidement établies les distinctions spécifiques, concernant des formes voisines, basées unique- ment sur la largeur de l’ombilic, le nombre des côtes, etc., lorsqu'on ne pos- sède pas un nombre suffisant d'exemplaires pour démontrer que les variétés de l'une et de l’autre ne sont pas semblables quand, à taille égale, elles pos- sèdent la même largeur d'ombilic. |
La forme de la bouche constitue évidemment un caractère important, mais qui n'est que fort rarement observable. D'ailleurs, cette forme peut varier assez notablement avec l’âge; ainsi, dans les jeunes d’Ammonites subradiatus le péristome est muni de deux languettes latérales, tandis que chez les adultes il est beaucoup plus simple et Innité par une ligne falculiforme. C'est d'ailleurs une règle qui parait pouvoir être généralisée, et l’on peut dire que chez les adultes d’une même espèce la forme de l'ouverture est toujours beaucoup plus simple que chez les jeunes 1),
La longueur de la chambre d'habitation varie d'une manière notable dans les diverses espèces d’ammonites, mais c'est un caractère qu'on a assez rare- ment l'occasion d'observer et qui n’a de valeur que pour la coordmation des diverses formes en genres distincts.
Les cloisons donnent également d’exceltentes indications : de Buch puis d'Orbigny ont montré tout le parti que l’on pouvait en tirer et, dans ces der- miers temps, l'attention s’est de nouveau portée sur ce caractère. Dans une note récente (Bull. Soc. géol. de France, 3° série, XVII, 1890, p. 275), M. Dou- villé, se basant sur les données fournies par l'examen des lobes et des selles pour un certain nombre d'espèces de la craie, a fait voir qu'on avait jusqu’à
® Depuis la rédaction de ce mémoire, M. Mumier-Chalmas a émis l'opinion que dans les am- monites les mâles seraient représentés par des individus toujours plus petits que les femelles, et qu'ils seraient en particulier caractérisés par la présence d'un péristome\muni d'apophyses jugales ; c'est-à-dire de deux prolongements latéraux (Compte rendu sommaire des séances de la Soc. gcol. de France, 5 déc. 1892). Cette opinion, étayée sur des considérations du plus haut intérèt, me pa- raît fort plausible, mais je n'en persiste pas moins à croire que, règle générale, dans la même espèce le péristome se simplifie avec l’âge.
2
LUPNLHENME XATIONAIR.
g 10 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
ce jour méconnu leurs affinités réelles et leur a restitué leur place véritable dans la classification.
Toutefois, maloré l'importance des renseignements fournis par ce caractère, il ne faut pas s'en exagérer la valeur; il ne constitue pas toujours un guide sûr et infailhible, ou plutôt 1l exige dans son emploi beaucoup de discerne- ment et de perspicacité, puisque c'est en se basant sur l'étude des cloisons que l'on a successivement rattaché certaines ammonites de la craie à selles et lobes relativement simples, d'abord aux Ceratites du trias, puis aux Amaltheidés, et il a fallu toute la critique judicieuse du savant professeur de l'École des mines pour montrer les erreurs commises.
H est d’ailleurs certain que le dessin des cloisons peut varier plus ou moins pour les formes se rattachant à un même type spécifique, mais, faute d’études suffisantes, nous ne sommes pas encore en mesure de connaître exactement entre quelles limites ces modifications se produisent. Sur un mème individu, ce dessin, en tenant compte d’ailleurs de la multiplication des ramifications, ne reste pas absolument semblable à lui-même, et le travail de M. Nicklès (Mém. Soc. géol. de France, 1. Contributions à la paléontologie du sud-est de l'Espagne), dans lequel les cloisons d’un certain nombre d'ammonites ont été l’objet d’une étude fort approfondie, nous fournit sur ce sujet des indications d’un grand intérêt. On y voit, comme je l'ai déjà fait remarquer ailleurs, que deux cloisons successives présentent parfois des différences assez notables, que le degré d'évolution des cloisons varie d’un échantillon à un autre, bien plus, que sur une même cloison l'évolution peut être plus avancée d’un côté que de l’autre. | F
Cette dernière constatation a une grande importance : elle montre que l’on peut admettre dans un même groupe des espèces à cloisons très ramifiées et d’autres à cloisons très simples, ayant conservé par exemple le stade goniatite.
L'examen des cloisons, en fournissant de nouveaux termes de comparaison, est susceptible, dans certains cas, de prêter un-secours puissant pour l'étude de diverses formes. Ainsi, il existe divers groupes chez lesquels la forme gé- nérale et le mode d'ornementation varient excessivement peu, même pour des espèces appartenant à des époques très éloignées : tels sont, par exemple, la plupart des Phylloceras. Nous verrons qu'il en est de même pour les espèces du genre Sphenodiscus que l’on retrouve sensiblement identiques comme aspect extérieur dans divers. étages du système crétacé ; les caractères de leurs cloi- sons permettront de-les séparer assez facilement les unes des autres.
INTRODUCTION. 11
H nous reste à dire quelques mots sur la manière dont se déroulent les diverses périodes de développement d’une ammonite, au point de vue de sa forme générale et de son ornementation; j'ai déjà mdiqué que sous ce rap- port la taille ne donne aucune imdication et que deux échantillons de mêmes dimensions ne correspondent pas toujours au même stade. J'ajouterai seu- lement qu'il résulte pour moi de l'examen de nombreuses séries d'individus, appartenant au même gisement et se rattachant les uns aux autres par une succession continue de formes intermédiaires, que la marche de l’évolution peut varier notablement d’un individu à un autre, résultat analogue à celui que M. Nicklès a fait ressortir pour ce qui concerne les cloisons.
Les divers stades d’ornementation auront donc, suivant les individus, des durées fort différentes : tantôt les premiers stades persisteront fort long-
temps et occuperont un grand nombre de tours, tantôt, au contraire, ils se
5 concentreront sur les premiers. À ce point de vue, différent de celui que j'ai considéré précédemment, on peut dire que l'espèce se manifeste à un moment donné par une extraordinaire richesse de formes. Mais l'étude de ce sujet m'entrainerait ici trop loin; je me propose d'y revenir ailleurs, et 1 serait du reste assez difficile de trouver dans les matériaux fournis par le terrain cré- tacé un nombre d'exemples suffisant pour mettre ce fait en relief.
Cependant, nous ne serons pas sans en rencontrer quelques-uns, et je citerai en particulier Barroisia Haberfellneri et Placenticeras syrtale.
Si toutes les espèces qui gravitent autour d’un même type doivent être considérées comme appartenant à une même espèce géologique lorsqu'elles habitent la même couche ou'des couches contemporaines, il n’en est plus de même lorsqu'elles ont vécu à des époques différentes; dans ce dernier cas, le stratigraphe a un grand intérêt à rechercher et à préciser les caractères qui permettent de les distinguer et de constituer avec elles de nouvelles espèces.
En d’autres termes, comme l’a depuis longtemps indiqué Waagen, il y a lieu de séparer, dans les variétés d’une même espèce zoologique, les variétés contem- poraines ou variations et les variétés d'âge différent ou mutations; tandis que les premières resteront pour le stratigraphe de pures variétés, 11 élèvera les autres au rang d'espèces, d'espèces fictives, il est vrai, au point de vue pure- ment zoologique, mais qui n’en seront pas moins précieuses pour lui, en lui permettant d'établir avec précision la chronologie des phénomènes géolo- giques.
Le mémoire que je présente ayant spécialement pour objet la description
2
12 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
des ammonites de la craie supérieure de France, Je ne me suis pas borné à décrire et à figurer les espèces nouvelles et à renvoyer pour les autres aux descriptions et aux figures antérieurement publiées soit en France, soit à l'étranger, J'ai tenu, au contraire, à représenter presque toutes les espèces de notre pays, pour permettre leur comparaison avec celles des autres rÉgIONS ; jai seulement laissé de côté les formes déroulées, à l'exception des Scaphites, parce que Je n'ai pu en réunir un nombre d'échantillons assez grand pour arriver à en faire une étude satisfaisante.
Je tiens à exprimer 101 toute ma reconnaissance à ceux de mes confrères qui m'ont si gracieusement communiqué les précieux documents que renfermaient leurs collections, MM. Arnaud, abbé Bontant (collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy), Boreau-Lajanadie, Durand, Fallot, Joseph Jean. Kilian, Le Mesle, Mouret, Nicklès, Péron, Réjaudry, Savm, Sayn, Seunes, Toucas, ams: qu'à MM. Douvillé, Fischer et Munier-Chalmas qui m'ont permis d'étudier les types renfermés dans les collections de l'École des mines, du Muséum d'histoire naturelle et du Laboratoire de géologie de la Sorbonne.
Je remercie aussi M. Douvillé pour les conseils qu'il a bien voulu me donner sur quelques pots délicats, et M. Nicklès pour le concours qu'i m'a prêté, en reproduisant les cloisons de plusieurs peuts échantillons intéressants, par le procédé photographique grâce auquel il a obtenu les beaux dessins que l'on trouve dans son mémoire sur la faune crétacée du sud-est de PEspagne (1.
() Les autres dessins de cloisons insérés dans ce mémoire ont été empruntés partie à des ouvrages déjà parus (et dans ce cas l'indication de la source à toujours été donnée), ou ont été
dessinés avec la loupe et la chambre claire, soit par M. Douvillé, soit par moi,
CLASSIFICATION
DES,
AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Les travaux de L. von Buch et de d’Orbigny ont depuis longtemps permis de répartir les espèces de la craie en un certain nombre de familles Cristati, Tuberculal, Clypeiformes, etc., dont quelques-unes correspondent assez exac- tement aux genres actuellement admis. Les recherches plus récentes de MM. Suess, Hyatt, Bayle, Neumayr, Uhlig, Zrttel, ont montré comment, en se basant sur les caractères tirés de la forme extérieure, de l’ornementauon, des lignes de suture, du bord buccal, de la dernière loge, des aptychus et anaptychus, on pouvait arriver à limiter avec plus de précision les divers genres et à grouper ceux-ci d'une manière naturelle.
Neumayr a publié sur la systématique des ammonites un important mé- moire (0 qu'il reproduisit à peu près intégralement, quelques mois plus tard 4 dans une autre publication ©); la seule modification mtroduite consiste dans la création du genre Acanthoceras pour des formes primitivement réunies au genre Hoplites.
La classification de Neumayr est établie sur des considérations génétiques ; en suivant le développement chronologique des diverses formes, il cherche à montrer comment certains genres dérivent les uns des autres et arrivent à se séparer quand des modifications importantes se produisent -dans leurs carac- tères.
Neumayr distingue dans les ammonites quatre grandes subdivisions.
I. ARCESTIDÉS. — Il n'existe dans cette famille que deux genres renfermant des ammonites de la craie, Amaltheus et Schlônbachia. Dans le premier, Neumayr place une série de formes chez lesquelles la
Ueber Kreideammonitiden. Sitzungsber. d. Wien. Akad. LXXI. 1875. _@) Die Ammoniten der Kreide und die Systematik der Ammonitiden. Zeitschrift d. deutsch. geol. Gesellschaft. XXVIT. 1875.
La
14 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
simplification du dessin de la ligne suturale paraît dériver du plan général des cloisons des Amaltheidés jurassiques (Am. Requieni, Am. Robin) et une autre série chez lesquelles la multiplicité des lobes provient de la différenciation des lobules du premier lobe latéral des Amaltheus typiques (Am. syrtalis, Am. placenta, Am. pedernalis, Am. Vibrayei, etc.).
Le second comprend toutes les formes carénées de la craie, telles que Am. varians, Am. cristatus, Am. Bravaisi, Am. Fleuriausi, Am. Haberfelineri, Am. inflatus, Am. Margæ, Am. subtricarinatus, Am. texanus, etc.
I. Troprrinés. — Cette famille ne renferme aucune espèce crétacée.
IL. Lyrocerarinés. — Les Lytoceratidés comprennent les Lytoceras et les Phylloceras, dont les représentants dans le système infracrétacé et le système crétacé sont encore nombreux : Neumayr y rattache un certain nombre de formes déroulées, Hamites, Baculites et Turrilites.
IV. AEcoceraTiDés. — Avec les trois subdmisions : A. Aegoceratinés ; B. Harpoceratinés; C. Stephanoceratinés.
. La première ne renferme pas d’ammonites crétacées; dans la seconde se trouve le genre Haploceras créé par M. le docteur Zittel pour un ensemble de formes aflines des Oppelia, appartenant au Jurassique moyen et supérieur. Neumayr y rattache les espèces de la craie supérieure, les Ligati de d’Orbigny, pour lesquelles on a plus tard créé le genre Pachydiscus : Am. galicianus , Am. gollevillensis, Am. neubergicus, etc.
La subdivision des Stephanoceratinés est composée avec les genres Stepha- noceras, Gosmoceras et Perisphinctes à peu près dimités au jurassique, et les Holcostephanus, Hopltes, Acanthoceras et Stohiczkaia spéciaux au système infra- crétacé et au système -crétacé.
Neumayr rattache encore Ammonites radiatus et Am. Leopoldi aux Peri- | sphinotes.
H considère les Holcostephanus dont Am. Astieri est la forme la plus typique, comme dérivant des Perisphinctes et prenant leur: origine partie dans: l'Inde (Am. Cautleyi, Opp.) et partie dans les mers boréales (Am. diptychus, Keys.).
Les Hoplites dériveraient aussi des Perisphinctes et en particulier du groupe de Am. polyplocus et Am. involutus.
CLASSIFICATION. . 15
Les Acanthoceras et les Stohiczhia seraient issus des Hoplites; les premiers se rattacheraient à Hoplites abscissus et les seconds à Hoplites Dutemplei.
Les considérations développées par Neumayr ont été adoptées à peu près intégralement jusqu'à ce Jour, et c'est tout récemment que M. DouvilléU) à montré, en s'appuyant sur l'étude des cloisons, que l’on avait réuni à tort dans certains groupes des formes absolument hétérogènes. Ce travail présente donc une grande importance pour la question générale de la classification des am- monites de la craie. ei
S’attachant en particulier à ces formes qui, en raison de la simplicité de leurs cloisons, ont été pendant longtemps rapprochées des cératites du trias, M. Douvillé fait voir que cest avec raison qu'on les a séparées en deux groupes, l'un caractérisé par une ligne suturale réduite, l’autre par un grand nombre de selles et de lobes. Le premier groupe a été rapporté au genre Buchiceras, Hyatt; mais celui-ci a comme type Buchiceras bilobatum, Hyatt, espèce non figurée, dont les selles sont dentelées et les lobes anguleux, tandis que les formes Ewaldi-Tissohi sont, au contraire, caractérisées par des selles larges à contours arrondis et des lobes élargis à leur partie inférieure, qui est seulement denticulée: Il faut chercher ailleurs les analogies de ces dermères, et M. Douvillé fait remarquer que certaines espèces du néocomien d’Alcoy, appartenant aux Pulchellia, Uhlig, présentent le même plan général des cloisons.
M. Douvillé propose, en conséquence, le nom générique de T'ssotia pour le groupe Evwaldi- Tissot, en prenant comme espèce type Tissoha Tissot.
Près des Tissotia et des Pulchellia viennent encore se placer, en raison de la similitude du plan des cloisons, les genres MVeolobites, Fischer, et Sto- hczkaia, Neumayr.
Passant au second groupe des soi-disant cératites de la craie, M. Douvillé montre par une série d'exemples que les Sphenodiseus et Placenhceras doivent se ranger à côté des Sonneratia et des Hoplites.
M. Douvillé termine son important travail en signalant l’hétérogénéité du genre Schlünbachia qui renferme des formes appartenant à des branches très distinctes; en particulier, Am. texanus (type du genre Mortoniceras) et Am. inflatus se rapprochent de certains Acanthoceras, tandis qu'Ammonites varians, par ses lobes trifurqués et l’'ornementation de ses flancs, doit être rattaché aux
Classification des Cératites de la craie, 1890. (Bull. Soc. geol. de France, 3°, XNVIIL, p. 275.)
16 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Hoplitidés. Il propose, en conséquence, de prendre Am. varians comme type du genre Schlénbachia.
De même Acanthoceras renferme une série de formes Martini-manullaris caractérisées par un lobe large et anguleux, tandis que la plupart, des autres Acanthoceras rappellent les'Pulchelludés par le type de leurs cloisons, où l’on reconnait une! tendance à la bifurcation des lobes. l
M. Douvillé a appliqué ces considérations dans son cours de paléontologie, professé à l'École des mines, et il range les espèces de la craie dans les
fanulles suivantes :
PayLLoceraTinés. — Cette famille comprend les Phylloceras, déjà bien caractérisés dans le trias, à côté desquels M. Douviilé place les Puzosia (— Des-
moceras). LyrocerarTinés. —- Avec le seul genre Lyloceras.
AGANTHOGERATIDÉS. — Les flancs sont ornés de côtes simples, bifurquées
ou intercalées, présentant deux rangées de tubercules principaux épineux et : 2 4 1 ÿ , Ë ; 2 a
presque toujours d'autres rangees de tubercules supplémentaires. On peut ÿ
distinguer les genres :
Acanthoceras comprenant deux groupes de formes, le premier dans lequel les côtes sont interrompues ou déprimées sur la ligne siphonale, le second caractérisé par la présence d’une rangée de tubercules impairs.
Prionocyclus avec côtes S'infléchissant en avant dans la région ventrale ; la ligne siphonale est marquée par une suite de tubercules aplatis.
Mortloniceras avec ornementation analogue à celle des genres précédents ; la ligne siphonale est omée d'une quille tranchante et continue.
Hoprrripés. —— Les côtes sont fortement infléchies en avant, surtout dans le voisinage de la région ventrale, et elles convergent en faisceaux soit vers des tubercules ombilicaux, soit vers des tubercules placés vers le milieu des flancs. Les cloisons ont des lobes nettement trifides dès le jeune âge, tandis qu'ils sont arrondis dans les jeunes Acanthoceratidés.
Elle comprend les genres :
Hoplites dans lequel les côtes arrivent obliqguement sur la région ventrale
CLASSIFICATION. {7
el s'interrompent avant d'attendre la ligne siphonale en se surélevant et en donnant naissance à un tubercule oblique; la région ventrale est anst bituber- culée et parait souvent comme tronquée.
Placenticeras. — Côtes latérales peu marquées et se réduisant souvent à deux rangées de tubercules allongés; les deux rangées de tubercules externes
sont bien marquées sur la région ventrale, qui est tronquée.
5 Schlônbachia avec la même ornementation que les Hoplites, mais en outre une carène sur la ligne siphonale.
Sonneratia. — Côtes non interrompues sur la ligne siphonale et dessinant sur la région ventrale, arrondie ou tranchante, une série de chevrons plus ou moins arrondis et infléchis en avant.
Sphenodiscus. — Tours à section ogivale. Ce genre dérive du précédent de la même manière que les Placenticeras dérivent des Hoplites par l'élargis- sement du premier lobe latéral.
Pachydiscus. — Ornementation presque identique à celle des Sonneratia.
PuscHezLurés. — Les tours souvent larges et l'ombilic étroit rappellent les Placenticeras, tandis que les cloisons, à éléments moins nombreux, rap- pellent celles des Acanthoceratidés à carène ou tubercules siphonaux. Cette famille comprend les genres :
Pulchellia. — Région ventrale bituberculée; flancs ornés de côtes inflé- chies en avant et souvent larges et épaisses.
Mammites. — Sur les flancs, côtes larges, épaisses, souvent peu distinctes, se terminant chacune par un fort tubercule latéral duquel partent une ou
deux côtes externes aboutissant à une double rangée de tubercules externes.
Stoliczkaia. — Côtes fines, embrassantes, fasciculées ou intercalées, tra- versant la région ventrale, qui est arrondie.
Tissoha. — Région ventrale carénée; cloisons très simples et souvent ana- logues à celle des cératites, mais elles s’en distinguent par la présence d’un lobule au milieu de la selle externe.
Cet exposé montre combien les idées de M. Douvillé diffèrent du Sys- tème développé par Neumayr. Il faut bien reconnaître que la recherche des
3
LUMINMERIS NATIONALE,
#
18 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
affinités des diverses espèces d’ammonites présente d’autant plus de difficultés qu'il nous est encore impossible le plus souvent de savoir comment dérivent les unes des autres les diverses formes qui ont peuplé successivement les mers des temps géologiques. On voit, par exemple, apparaître à diverses époques des types nouveaux qui n’ont aucune parenté avec ceux qui habi- taient précédemment la même région; ces nouvelles formes proviennent sans ‘aucun doute de l’imnugration d'espèces étrangères dont l’arrivée coïncide avec l'ouverture de communications directes entre des bassins marins précé- demment séparés. Les lacunes qui existent encore dans nos connaissances paléontologiques d'une grande partie du globe ne nous permettent donc pas de suivre dans le temps les différenciations successives d’un même type.
D'autres difficultés viennent s'ajouter à celle-ci et plus particulièrement la rareté des matériaux d'étude.
Prenons par exemple Ammoniles Goweri du callovien inférieur. La forme adulte de cette espèce rappelle tout à fait par son aspect extérieur un Cælo- ceras, par exemple C. linguiferum, qui habite un niveau un peu inférieur. Si l'on peut casser les échantillons et obtenir les tours internes, on voit alors apparaitre une forme et une ornementation qui mdiquent l'attribution de cette espèce au genre Cosmoceras; le bord externe présente un méplat sur lequel les côtes passent droites et normales, tout à fait comme chez Ammonites calloviensis, Am. Duncani et comme aussi chez Am. niortensis, Am. Garanti, Am. longovicensis et Am. Jason; mais chez ces dermiers le méplat ventral est bien plus étroit, et sur cette partie les côtes sont d'ordinaire à peu près com- plètement effacées. Lorsque l’on connait les adultes des espèces précédentes, on observe, dans la forme et l’ornementation, la série de modifications qui font passer le Jeune d’Am. Gowert, à caractères de Cosmoceras bien accusés, à la coquille adulte ayant l'apparence d’un Cœloceras ; le méplat ventral disparait, le bord externe devient arrondi et ne conserve plus trace des arêtes latérales qui limitaient le méplat médian; en même temps les côtes passent régulière- ment sur le bord externe arrondi. En un mot, la coquille a alors perdu tous les caractères extérieurs par lesquels on caractérise d'ordinaire les Cosmoceras : de même les adultes d’Am. niortensis et Am. Garanti sont bien différents des types habituels que l’on trouve dans les collections et qui sont représentés dans les ouvrages de paléontologie.
En résumé, comme je l'ai déjà dit plus haut, chaque espèce, lorsqu'elle arrive à son dernier terme de développement, a passé par une série de stades
CLASSIFICATION. 19
dans chacun desquels la forme et l’ornementation ont eu des caractères spé- ciaux; ceux-c1 sont parfois si différenciés, que deux individus de la même espèce, à deux stades différents, seraient naturellement considérés comme appartenant à deux espèces bien distinctes, si l’on ne connaissait pas d'avance les variations successives propres à cette espèce. Réciproquement, deux mdi- vidus présentant une grande analogie comme aspect extérieur peuvent appar- cenres différents.
8 Il est donc certain que pour apprécier les affinités réelles de deux espèces,
tenir réellement à deux espèces différentes et même à deux
il faudraït pouvoir étudier d’une manière complète l’évolution de leur forme et de leur ornementation; pour les ammonites de la craie supérieure, en particulier, cette recherche est le plus souvent impossible en raison de la pénurie des matériaux dont le paléontologue peut disposer. C’est en pareil cas que l'importance des cloisons se fait sentir, et ce caractère, qui vient d'ordinaire s'ajouter simplement aux autres, acquiert alors une valeur pré- dominante.
Reprerions le cas d'Ammonites Goweri, dont nous avons seulement en main un échantillon adulte. Par son aspect extérieur, 1l semble appartenir au genre Cœloceras; mais si nous pouvons examiner ses cloisons, nous verrons qu’elles n'ont aucune analogie avec celles de ce genre et nous reconnaïtrons, au con- traire, leur smulitude avec celles des autres Cosmoceras.
On voit quel secours peut prèter l'étude de la ligne suturale dans la re- cherche des affinités véritables des diverses espèces, surtout lorsque l’on ne connaît pas, pour chacune d'elles, l’évolution complète de la forme et de l'ornementation.
Aussi ne puis-je qu'adhérer complètement aux idées émises par M. Dou- villé sur cette question, et je reproduis textuellement le passage le plus saillant de sa note : 3
« I nous reste à examiner les caractères tirés de la forme des cloisons. Ceux-ci ont une grande importance dès l’origine du groupe des ammonites, puisqu'ils sont à peu près exclusivement employés pour le classement des formes les plus anciennes ou goniatites. Ici les cloisons sont relativement sim- ples; leur plan général, c’est-à-dire la disposition et la forme des selles et des lobes, est facile à observer et à définir. 2
« H n’en est pas de même pour les ammonites, où les cloisons sont sou- vent d'une complication extrême. Mais si l'on réfléchit que dans le jeune âge les cloisons sont tout à-fait comparables à celles des Goniatites, rien ne
n 2 -
20° LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPERIEURE.
s’opposerait en réalité à ce qu'on appliquât aux ammonites jeunes le mème mode de classement qui a donné de bons résultats pour les Gomatites. Nous croyons qu'on obtiendra ainsi des résultats d’une haute importance en pour- suivant jusqu'au stade goniatite les belles recherches entreprises, 1l y a quel- ques années, par Branco, sur les premières phases du développement des ammonites; à ce moment et un peu après, quand la cloison commence à se subdiviser, son plan général n’est pas encore masqué par la complication des découpures des lobes et des selles : il peut fournir des caractères d'une grande netteté et de nature à jeter une vive lumière sur les affinités et les origines des divers groupes d'ammonites.
« Du reste on peut affirmer dès maintenant que, maloré leur plus ou moins grande complication, l'unité de composition des cloisons est nettement per- ceptible dans tous les groupes vraiment naturels; ainsi on reconnait tout de suite un Phylloceras à la terminaison en forme de feuille arrondie des éléments de ses cloisons; les cloisons des Lytoceras sont tout aussi reCOnnals- sables à leurs selles et à leurs lobes profondément bilobés. I suflit de feuul- leter les beaux mémoires de Mojsisovies pour être frappé de l'uniformité des cloisons non seulement dans un même genre (Arcestes, Joannites, Cladhscites), mais encore dans une même famille (Geratitidæ).
« Cette unité de plan est d'autant plus facile à saisir et surtout à définir, que la cloison est moins découpée; généralement cette forme simple ne peut s'observer que dans le jeune âge; de là, l'importance du stade goniatite, sur laquelle nous avons insisté déjà. »
Les considérations qui précèdent font ressortir la difficulté d'établir dans les ammonites des genres bien naturels; le plus souvent ceux qui ont été faits sont beaucoup trop vastes et composés alors d'éléments hétérogènes; tels sont Amal- theus, Harpoceras, Haploceras, Acanthoceras, Schlônbachia, etc. À tous points de vue, il est préférable de pousser l'analyse jusqu'à ses dernières limites et de créer des genres parfaitement homogènes, réduits même à n'être que ce que Waagen appelait une bonne espèce. De la sorte, on évitera des erreurs comme celles qui ont été déjà commises, et cette analyse approfondie per- mettra plus tard de refaire la synthèse sur des bases solides, et de coordonner les subdivisions irop restreintes en genres et en familles bien conformes aux affinités véritables. 1 faut, comme l'a dit M. Douvillé, que chaque division ne soit pas une sorte de fagot composé avec des morceaux pris de tous les
CLASSIFICATION. 21
côtés, rendant toute reconstitution impossible tant que Île fagot n'aura pas été défait. « Malheureusement, en ce qui concerne les ammonites, il est à craindre qu'il n'y ail encore plus d'un fagot à défaire, plus d’un genre hétéro- gène à démembrer. »
Ne craignons donc pas de pousser l'analyse trop loin, si nous voulons rendre possible une reconstitution sérieuse; je tiens qu'il est plus utile d'établir un genre bien homogène, même restreint, que de constituer un
groupe trop vaste avec des membres étrangers les uns aux autres.
DESCRIPTION DES ESPÈCES.
FAMILLE DES ACANTHOCERATIDÉS.
Je réunis provisoirement en un même groupe l’ensemble des formes que M. Douvillé a séparées en deux familles : les Acanthoceratidés et les Pulchel- ludés. H existe entre elles des relations tellement étroites et intimes, que, dans la famille des Palchellüdés, les espèces du genre Mammites, par exemple, me paraissent, sous le rapport de la forme et de l’ornementation, aussi bien qu'au point de vue du plan général des cloisons, se rapprocher beaucoup plus de certains Acanthoceras que des espèces du genre Tissotia.
Dans l'impossibilité d'établir, d’une manière satisfaisante, deux séries bien distinctes, Je crois qu'il convient, jusqu'à nouvel ordre, de constituer avec toutes ces formes un seul groupe, bien distinct de celui des Hopltidés par le plan général des cloisons : les lobes y sont larges et arrondis ou nettement bi- furqués, tandis que, dans cette dernière famille, ils sont terminés en pointe.
De cette manière, une grande partie des formes de la craie supérieure rentrent dans deux familles naturelles bien tranchées : les Acanthoceratidés et les Hoplitidés. Peut-être sera-t-1l possible plus tard d'établir dans l'une comme dans l’autre des subdivisions rationnelles, en se basant soit sur les détails du plan des cloisons, soit sur l’évolution de la forme et de l’ornementation: mais pour le moment la rareté des matériaux paléontologiques, qui sont à la dispo- sition des géologues pour l'étude des céphalopodes de la craie supérieure, ne permet pas de pousser ces recherches aussi loin qu'il serait désirable.
Cependant, c'est seulement par la comparaison des stades successifs de ces deux caractères que l’on pourrait arriver à établir les relations véritables exis- tant entre des individus adultes dont la forme et l’ornementation présentent des différences accentuées, au fond, peut-être plus apparentes que réelles.
Je me borne donc à donner ici le dessin des cloisons d’une série d'espèces appartenant à la famille des Acanthoceratidés.
À l'exception des Ammonites mamillaris et Am. Martini, d'ordinaire ratta- chés aux Acanthoceras, mais dont les cloisons appartiennent à un tout autre
ACANTHOCERATIDES. 93
DE di Fig. Nb k ES ga | | AO URIS ENS | ! a AO | | lé en Au ! ñ Cl À / Am. Martin (gros. — 3). Am. manullaris (gros. — 2). Fig. 3.
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Am. Tissoti, d’après Douvillé, B. S. G. EF. 3°, XVIIT, p. 282. Fig. 4".
Fig. 4". RME Fig. 4°.
A NI OEte N) PRET TE Ve:10 w LAN A) « à Caue) \ fa: NUL FN 7” £ \
VAN Am. compressissimus (gros. — 6), d’après Nicklès. Contributions. . . p- 8 et 9. 4" Cloisons au diam. de 5". — 4° Cloisons au diam. de 10"". — 4° Cloisons au diam. de 131,5. Fig. 5. Fig. 6.
Am. Bourgeoisi (gros. — 4). Am. Moureti (grand. natur.).
Fig. 7. Fig. 8.
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A S S a SN
Am. dispar (gros. — 2), d’après Douvillé, B, 5. G. F. 3°, XNIIT, p. 282. Am. rhotomagensis (gros. — 2), d'après un échantillon de Rouen.
2h LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
type que celui des autres espèces, on remarquera dans l’ensemble précédent plusieurs caractères communs assez importants. Les lobes y sont assez larges, arrondis où à terminaison paire; les selles, beaucoup plus larges que les lobes, présentent beaucoup d’analogies avec eux, et le plus souvent elles sont sub- divisées en deux parties par un lobule.
On constatera en outre quelques différences : ainsi, certaines espèces ont leur ligne suturale réduite à un petit nombre d'éléments (Am. rhotomagensis, Am. Bourgeoisi,. .... }, tandis que dans les autres elle est beaucoup plus développée (Am. compressissimus, Am. Tissoti,. .. .). D'autre part, on peut distinguer dans ces cloisons une série dans laquelle l'extrémité des lobes est simplement arrondie, dentelée ou digitée (Am. compressissimus, Am. Bour- geoist,. .... ), et une autre dans laquelle cette extrémité présente une petite selle accessoire assez développée (Am. Revellerei) ou est constituée par une fourche bien caractérisée (Am. rhotomagensis, Am. dispar, Am. Moureti,. . ... je
Dans l'incertitude où nous sommes encore sur le mode d'évolution des cloisons aux divers âges des individus d'une même espèce et sur les limites plus ou moins étendues entre lesquelles se trouvent comprises leurs variations possibles, je signale simplement ces diverses particularités sans y rechercher la
base d’une division de ce grand groupe en deux ou plusieurs fanulles : elles
5 permettront cependant d’y établir une série de genres assez homogènes.
Je vais passer ceux-ci successivement en revue en commençant par ceux dont les espèces ne se rencontrent pas dans l'étage sénonien et me limitant
pour eux à quelques indications rapides.
Genre PULCHELLIA. Uazic, emenD., Douvizcé.
Ce genre a été créé en 1883 par M. le docteur Uhlig (Die Cephalopoden der Wernsdorfer Schichten. Denkschriften. d. k. k. Akad. d. Wissenschaÿt.).
À l'exemple de M. Douvillé, je n’y comprends que les formes à bord externe tronqué, bicaréné ou limité par une double rangée symétrique de tubercules situés à l'extrémité des côtes qui ornent les flancs. Ces côtes sont larges, épaisses, flexueuses et obliques en avant.
Les ‘cloisons, formées d'éléments assez nombreux, sont caractérisées par une première selle latérale arrondie, subdivisée par un lobule, et par un premier lobe latéral arrondi, denticulé, élargi vers son sommet en forme de spatule. Comme l'a fait remarquer M. Nicklès, dans son mémoire sur les
C2
ACANTHOCERATIDÉS. 25
céphalopodes du terrain crétacé du sud-est de l'Espagne, dans le jeune âge, c'est-à-dire chez les individus ayant seulement 1 ou 2 millimètres de diamètre, les cloisons des Pulchellia se présentent sous un aspect uniforme.
Je prends comme type de ce genre Pulchellia compressissima du néocomien et je reproduis ci-dessous les dessins de cloisons de cette espèce donnés par
M. Nickles.
Mig. 9°. Fig. 9°.
Pulcheläia compressissina (gros. = 6), d'après Nicklès, Contributions. . . .. p- 8 et 0. g! Cloisons au diam. de 5". — 9? Cloisons au diam. de 10". — 9° Cloisons au diam. de 13,5. Les diverses espèces de Pulchellia paraissent cantonnées dans l'étage néo- comien (s. /.) : Pulchellia galeata, P. compressissima, P. Didayi.
Genre STOLICZKAIA. Neumayr.
Ce genre, créé par Neumayr (1875), a pour type Ammonites dispar, d'Orb.
Le bord externe est arrondi et les côtes passent sur la région ventrale sans s'y interrompre. |
Ici les cloisons sont plus élancées et plus découpées que dans le genre pré- cédent : les selles et les lobes sont bifurqués et on distmgue à l'extrémité du premier lobe latéral une petite selle médiane assez développée, comme le montre la cloison de Stoliczkaia gardonica, dessmée par M. Douvillé (1890, Classification des Cératites ; Bul. Soc. géol. de France, 3° série, t. XVIIL, P2701)E
ce savant regarde d’ailleurs cette espèce comme étant le jeune de St. dispar.
Fig. 10. CNET L vu NE Do FA } | £ ne, es ï Pa - DE
Stoliczkaia dispar (gros. = 2), d'après Douvitlé, B. S. G. F. 3°, XNIIT, p. 282.
Ce genre caractérise principalement l'étage cénomanien.
n
IMPRIMERIE NATIONALE,
26 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Genre NEOLOBITES. Frscner.
M. Fischer a établi (1882) le genre Veolobites pour les formes aplaties dont les lobes et les selles sont arrondis à leur extrémité. Le type est Ammonites Vibrayei, d'Orb., de l'étage cénomanien.
Je donne ci-dessous, d'après M. Douvillé (loc. cit.), le dessin de la cloison de cette espèce pris sur un échantillon de l'École des mines.
Neolobites Vibrayei (grand. natur.), d'après Douvillé, B.S. G. F. 3°, XNIIE, p. 282.
M. Douvillé considère que dans cette cloison le premier lobe latéral n’est que l’exagération du lobule qui divise la selle externe des Pulchetlia et des Tissotia. à
Genre ACANTHOCERAS. NeumAYR, EMEND.; À. DE (GROSSOUVRE.
Ce genre a été établi en 1875 par Neumayr; tel que le comprenait son auteur, il renfermait un grand nombre d'espèces appartenant aux anciennes familles des Angulicostati, Crassecostati, Nodosocostati, Mamillares et Rhotoma- genses. Neumayr le considérait comme dérivant des Hoplites.
M. Douvillé a montré (loc. cit.) que ce genre, ainsi constitué, était hétéro- gène et qu'il convenait d'en détacher une première série de formes à côtes plus ou moins tubereulées, généralement interrompues ou déprimées sur la région médiane du bord externe et, en tout cas,.ne présentant jamais de tubercules sur la ligne siphonale.
À ce premier groupe appartiennent Am. Martini, Am. Cornuecli, Am. ma- mllaris, Am. nodosocostatus, . . . ... ; il est caractérisé par le développement de sa première selle latérale, très large et très élevée, et par la forme du premier lobe latéral, étroit et anguleux. Il doit donc être séparé des Acanthoceratidés pour être rattaché aux Hopltidés.
Ce groupe constituera le genre Douvilléiceras, n. gen., pour lequel je prends comme type Am. mamillaris. J'ai donné plus haut les cloisons de cette espèce
et celles d’Am. Martini (voir page 23).
AGANTHOCERATIDÉS. 27
Il est fort probable que l’on doit encore rattacher à ce nouveau genre Am- monites Mantelli, en écartant bien entendu les formes adultes d’Am. rhotoma- gensis, parfois attribuées à tort à cette espèce, en raison de la ressemblance apparente résultant de la disparition des tubercules de la ligne siphonale : c'est là une confusion qui me paraît avoir été commise assez souvent et je crois que l'on a fréquemment cité sous le nom d’Am. Mantelli des individus adultes d'Am. rhotomagensis. Je n’ai pu d’ailleurs arriver à observer des échan- ülons bien authentiques d’Am. Mantelli montrant le dessin de leurs cloisons, seul caractère qui permettrait d'affirmer si cette espèce doit être classée défi= nitivement dans les Douvilléiceras.
Après cette première élimination d’un certain nombre d'espèces primitive- ment rattachées au genre Acanthoceras, celui-ci ne comprend plus que des Formes caractérisées par la présence d’une ran
5 ligne siphônale; tels sont, par exemple : Am. Lyelli et Am. rhotomagensis, dont
oée impaire de tubercules sur la
Je donne ci-dessous le dessin des cloisons.
Fig. 12 Fig. 13 NS ÉHN } 7 4 A ie 1 V Kat É a LATE en Ni ï AS iGe N in É | l } a s 0 Cv À e “ ( ù GENS ir Lu ni ee F] ; UT ; 3 VI V DEN s 4 = w ï \ A) F1) AR 94 é SS AN w PONTS DAS 0 CE ; Lv EE UNE — ml 2? \ | \ AN 4 ! | At r an ui 1 1 ne Va U il Acanthoceras rhotomagense (gros. — 2), Am. Lyelli (gros. —3), d'après un échantillon
d’après un échantillon de Rouen. _du département de l'Aube.
On voit qu'il existe des différences assez sensibles dans le plan de ces deux cloisons et que celles d'A. Lyelli, par la forme de l'extrémité de leurs lobes, rappellent assez celles des Pulchellia, tout en en différant par leur plus faible largeur. Je réserverai donc le nom générique d'Acanthoceras aux formes à lobes et selles larges, de forme approximativement rectangulaire, dont le premier lobe latéral présente une fourche terminale nettement accusée, et je prendrai comme type de ce genre Acanthoceras rhotomagense.
Le genre Acanthoceras ainsi défini comprend des formes du cénomanien et du turonien.
28 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE
GenreæMAMMITES. Laure er Bruper.
Ce genre a été établi en 1886 par MM. Laube et Bruder dans leur mé- moire sur les Ammonites de la craie de Bohème (Palæontographica, XXXIIL).
On peut prendre comme type Mammutes nodosoïdes, dont le dessin des cloisons a été donné dans le mémoire que je viens de citer; je le reproduis ci-dessous (fig. 14).
Les cloisons des Mammutes Revellieret (—Rochebrunei) fournissent également un bon type du plan général de ces cloisons.
Ce genre comprend des formes à bord externe tronqué où même légere- ment excavé, ornées sur les flancs de côtes épaisses partant ordinairement d’un tubercule ombilical et aboutissant à des tubercules externes.
Fig. 14. NS nes à SE a ù ou Ÿ ? .. 2e pe) * AU d ' è Fa À
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Fig. 159. HN RASE NUAU NA OVANENeE k DR Ne à “as is & 5 tr? pi
Mammites Revellieri (gros. — 2,33), d'après un échantillon d’Angoulème.
La ligne suturale montre un premier lobe latéral subdivisé par une petite selle. |
A ce genre se rattachent Mammites rusticus, de la craie turonienne d’An- gleterre, et M. concilatus, Stolic., de la craie de l'Inde que l’on retrouve dans le turonien de Bohême et de Provence.
ACANTHOCERATIDES- 29
Genre PRIONOTROPIS. Mrex.
Ce genre a été créé en 1876 par Meek pour Ammonites Woolgari, ou du moins pour une forme qu'il croit identique à cette espèce.
Il comprendra donc des formes d’Acanthoceralidés à carène ventrale discon- timue formée de forts tubercules saillants. Les cloisons appartiennent au type des Mortoniceras, c'est-à-dire que l'extrémité du premier lobe latéral est arrondie et simplement denticulée, sans présenter la fourche que lon trouve dans Stoliczkaia, Acanthoceras, etc.
Ce genre, auquel se rapportent Prionotropis Woclgari, P. papalis, parait ètre surtout caractéristique de l'étage turonien.
Genre TISSOTIA. Douvicze.
Ce genre a été établi par M. Douvillé pour les formes du groupe Ewaldi- T'issoti, en prenant comme espèce type le Buchiceras Tissot figuré en 1878 par M. Bayle dans le quatrième volume de lÆxplication de la carte géolo- gique de France; comme cette ammonite n'avait été représentée que vue de côté, M. Douvillé en a donné le profil en 1891 (Bull. Soc. géol. de France, 3asénie, XIX, p: 5o1, fig. 1), pour montrer son bord ventral tricaréné.
Ces formes, rapprochées d’abord des Cératites triasiques, avaient ensuite été rattachées au genre Buchicerus, Hyatt, mais M. Douvillé a montré (Bull. Soc. géol. de France, 3° série, XVI, p. 282) que ce dernier, qui a pour type Buchiceras bilobatum, est caractérisé par une cloison absolument différente de celle des ammonites du groupe Ewald-Tissoti : celles-ci se rattachent, au contraire, très nettement au groupe d'Am. compressissimus, Am. Didayri, etc.
Fig. 16.
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Tissotia Tissot, d’après Douvillé, B. S. G. F. 3°, XVIIT, p. 28. Le genre créé par M. Douvillé est bien caractérisé par le plan de ses cloi-
sons simples, à selles larges et arrondies, non dentelées : la première selle latérale, très large, est subdivisée par un ou deux lobules secondaires; elle est
30 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
suivie de deux ou trois autres selles arrondies qui ne sont jamais subdivisées sur aucun des échantillons que J'ai examinés. Le dessin de la ligne suturale de Tissotia Tissoti que j'emprunte à M. Douvillé (Bull. Soc. géol. de France, 3° série XVIIE, p. 282, fig. 1) peut être considéré comme donnant un bon type du plan général des cloisons de ce groupe.
I y a évidemment une assez grande analogie entre le plan de ces cloisons et celui du prenuer stade des cloisons de Püulchellia compressissima, d'Orb., telles que M. Nickiès nous les a fait connaître dans son mémoire sur les fossiles du terrain crétacé du sud-est de l'Espagne (Mémoires de la Soc. géol. de France. — Paléontologie. 1. — Mémoire n° 4, 1890. PI. HT, fig. 1 et 1°). Il est à remarquer toutefois que dans les Tissotia les lobes sont beaucoup plus étroits que dans les Pulchellia et que le premier lobe latéral est surtout beau- coup moins développé. I est élargi à sa pare inférieure et denticulé. J'ai pu étudier le détail de ces denticulations sur un échantillon de Tissolia Ewaldi (collection Sayn) des grès verdâtres de Dieulefit, dont une partie était en meilleur état de conservation que la plupart des échantillons de mème pro- venance, toujours plus ou moins usés superfciellement. On observe bien net- tement sur ce lobe les particularités déjà relevées par M. Nicklès à l’occasion de Pulchellia compressissima. (Loc. cit., p. 9.) « Les dentelures sont plus grandes à l'extrémité inférieure du lobe que sur les côtés et décroissent plus rapidement du côté de l’ombilic que du côté externe. » La figure des cloisons de Tissolia Tissoti donnée plus haut d’après M. Douvillé offre nettement le même caractère.
On voit combien le genre Tissotia est étroitement lié au genre Pulchellia limité au groupe de P. compressissima. Rp, Sauvageaut.
Les formes de ce genre présentent une carène ventrale tantôt continue, tantôt dentelée, accompagnée de denx quilles latérales où bien bordée de part et d'autre d’une ligne de tubercules situés à l'extrémité des côtes qui ornent les flancs. 4
Les ammonites crétacées à cloisons simples, qui constituent ce groupe, avaient été primitivement rattachées aux Cératites; elles ont été tout d’abord signalées en 1847 par de Buch d’après un échantillon des grès verdâtres de Dieulefit, auquel ce savant avait donné le nom d’Ammonites Ewaldi; presque en mème temps Thiollière faisait connaitre. du même gisement une espèce voisine à laquelle 1 donnait le nom d’Am. Robini.
En 1849, M. Bayle décrivait sous le nom d’Am. Fourneli une espèce d’AI-
ACANTHOCERATIDES. 31
gérie appartenant à ce mème groupe. Depuis lors, une série de formes sem- blables ont été retrouvées à maintes reprises dans le nord de l'Afrique fran- caise (Algérie et Tunisie), en Égypte et en Palestine; elles jouent donc un rôle important dans la stratigraphie de la craie à facies méditerranéen, et tout récemment mon confrère et ami M. Péron a longuement insisté sur leurs caractères dans son beau mémoire sur les mollusques fossiles crétacés de la Tunisie.
Toutefois, comme je ne puis adopter complètement sa manière de voir et que Je m'écarte aussi de lopinion développée sur ce mème sujet par M. Fallot, auquel on doit une excellente monographie des Ammonites de Dieuleft (1885, Étude géologique sur les élages moyens el supérieurs du terrain crélacé dans le sud-est de la France), je crois devoir reprendre cette question qui servira de point de départ à mon étude sur les formes sénoniennes de ce groupe.
J'emprunte à M. Fallot (loc. cit., p. 237) le résumé suivant relatif à lhis- iorique des espèces de de Buch et de Thiollière.
«Le 12 juillet 1847, L. de Buch donnait à l'Académie de Berlin {Ueber Ceratiten: Bericht ucber die zur Bekanntmachung geeigneten Verhandl. der künigl. preuss. Akad. der Wissenschaften zu Berlin, p. 221; 1847) la description de plusieurs ammonites de la craie auxquelles il reconnaissait les caractères des Cératites du trias. C'était notamment l’'Am. Ewaldi provenant des grès verts de Dieulefit (Drôme). Cette description était accompagnée seulement d’un dessin très inexact des lobes que la figure (p. 222) montre terminés par une pointe aiguë.
«Le 3 mars 1848, Thiollière présentait à la Société d'agriculture de Lyon un échantillon provenant du mème point, et le à mai de la même année, il publiait dans les annales de cette Société l’Ammonites Robini, auquel il reconnaissait tous les caractères des Cératites. Les caractères de cette espèce lui semblaient différer de ceux de l'Am. Ewaldi, de Buch, dont il ne con- naissait que la description et les lobes. Or le dessin publié par de Buch auto- risait complètement la création d'une espèce nouvelle pour l'échantillon de Thiollière, Mais le travail de L. de Buch relatif à sa communication du * 12 Juillet 1847 et publié dans les mémoires de l’Académie de Berlin pour l'année 1848, postérieurement à la communication de Thiollière, contient deux figures de l’Am. Ewaldi qui montrent parfaitement des lobes légèrement
42: LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
- dentelés comme ceux de l’Ammonite Robini décrit et figuré par Thiollière. Les principaux caractères différentiels mvoqués par ce dernier auteur, c’est-à- dire les lobes non dentelés et pomtus, n’existaient donc plus sur ces nouvelles figures de L. de Buch. Il faut cependant constater que les lobes de l'Am. Evaldi figurés dans les Comptes rendus mensuels et insérés dans les Mé- moires de l'Académie de Berlin (voir 1848, pl. VIE), ainsi que la description du texte, ne correspondent pas avec les figures de la planche VI; comme la fait remarquer Redtenbacher, ii y a là un singulier désaccord.
«De Buch figure, dans le même mémoire, l’Am. Robin, Thioll, tel que celui-ci l'a dessiné dans les Annales de la Société d'agriculture de Lyon (loc. cit.). Lorsque lon compare alors les deux espèces, on voit que les cloisons sont identiques dans les parties bien conservées. Le seul fait qui frappe, c'est l'absence de tubercules parallèles à la carène dans l'Am. Robin, Thioll. Mais en comparant ces figures avec Îles échantillons que j'ai eus entre les mains, j'ai pu me convaincre avec M. Mumier-Chalmas que les Am. Robini, Thioll., et Evaldi, de Buch, n'étaient que deux formes d’une même espèce : en effet, les tubercules, qui sont très marqués chez les échantillons jeunes, disparaissent dans le dernier tour de l'individu adulte, si bien que le nom d’Am. Robin peut être considéré comme ayant été donné à des individus adultes de l'Am. Evwaldi. En effet, si lon se rapporte à la figure de lAm. Robini donnée par Thiollière et non à la copie de L. de Buch qui n'en est qu’une réduction, on voit que l'espèce figurée par Île premier de ces auteurs est très grande; 1l n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'elle ne présente plus de tubercules. Ces deux espèces sont donc identiques.
«Le nom d’Ammonites Ewaldi étant antérieur de quelques mois à celui d'Am. Robini, c'est celui que j'admettrai, me conformant ainsi à un usage
constant. »
Je ne puis adhérer à cette conclusion de M. Fallot : d'abord le nom d'Ewaldi ne peut avoir la priorité sur celui de Robini, car si de Buch a em- ployé ce nom un peu avant l’époque à laquelle Thiollière a décrit et figuré Am. Robini, il a, à ce moment, donné de son espèce une définition et une figure non seulement insuflisantes, mais erronées, et ce n’est que plus tard, postérieurement à la publication de Thiollière, qu'il a complété sa première définition; encore y at-il dans cette nouvelle description des erreurs et un désaecord entre le texte et les figures.
ACANTHOCERATIDES. 33
Le nom d’Am. Ewaldi doit d'autant moins être substitué à celui d'Am. Ro- bin que l’on peut tenir pour certain que ces deux noms s'appliquent à deux espèces différentes, au moins autant qu'on peut en juger par les dessins donnés en 1848 par L. de Buch, car il n’y a pas seulement désaccord entre le texte et les figures, mais celles-ci mêmes sont loin d’être semblables : l'une, pl. VIE, fig. 6, montre des lobes denticulés, et l'autre, pl. VIF, fig. A, ter- minés par un angle obtus.
On peut cependant chercher à interpréter les descriptions et figures de L. de Buch en admettant que la première figure donne bien le dessin exact des lobes et que l’autre nous fait connaître la forme de la selle ventrale, di- visée en deux parties à contours arrondis : dans l'individu de Thiollière, si le plan général de la cloison est le même que dans l'espèce de de Buch, par contre la subdivision externe de la selle ventrale, au lieu d’être à contour arrondi, est bilobée, et ce détail me paraît suffisant, en raison de sa constance, pour motiver une distmction spécifique des deux types.
Passons maintenant aux espèces d'Afrique : je laisse ici la parole à M. Péron (loccit. p.15).
« En décrivant l’'Ammonites Fourneli, en 1849, M. Bayle faisait remarquer que son ‘espèce présentait la plus grande analogie avec lAm. Robini, que Thiolhière venait de découvrir dans les environs de Dieulefit (Drôme). I était porté à croire qu'une comparaison directe des échantillons conduirait à identifier les deux espèces, si on retrouvait dans les jeunes individus de l’Am. Robini tous les ornements du test qu'il avait signalés sur le jeune individu d'Algérie. En conséquence, ce n'était que provisoirement que M. Bayle donnait le nom de Fourneli à ses exemplaires, sauf à le remplacer par celui de Robin, quand l'identité des espèces serait constatée. À la vérité, M. Bayle semble avoir abandonné aujourd’hui cette manière de voir, car, dans son bel atlas publié pour lExplication de la carte géologique détaillée de la France, À a reproduit, sous le nom de Buchiceras Fourneli, les deux spécimens d’Am. Fourneli qu'il avait autrefois figurés dans la Richesse minérale d'Algérie.
« Cependant le moment nous semble venu d'opérer la réunion que M. Bayle avait mdiquée. La condition que ce savant avait mise à cette réumion ne s’est-pas, il est vrai, réalisée; c'est-à-dire que l’on ne retrouve pas dans les
jeunes Am. Robini les caractères qu'il avait signalés dans son jeune Am. Four- neli; mais cela s'explique fort naturellement. M. Bayle, en effet, a compris sous le nom d’Am. Fourneli deux formes bien distinctes de Buchiceras qui se
5
IMPIUIMERIE YATIONALE
34 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
trouvent presque toujours ensemble dans le sénonien inférieur. Ces deux formes sont représentées, dans la Richesse minérale et dans l'Atlas de paléon- tologie, par deux spécimens dont l’un est, à tort, considéré comme le jeune de l’autre. Ces deux individus sont, en somme, fort différents et lmspection seule des figures suffit à le montrer.
« Pénétré de l'idée que ces deux fossiles appartenaient à la même espèce, M. Bayle a dû, dans sa diagnose de l’Am. Fourneli, combiner leurs caractères, et c’est seulement par la variation résultant de l’âge qu'il explique leurs diffé- rences.
« Or nous avons reconnu, par l'étude d'une série d'individus de chacun des types figurés par M. Bayle, que la transformation attribuée à l’âge par le savant paléontologue ne se produisait en réalité aucunement. Nous avons des jeunes, des moyens, des vieux, et, dans chaque série, tous les individus con- servent bien les caractères respectifs de leur type. I n’est donc pas douteux pour nous que sous le nom d’Am. Fourneli se trouvent réunies deux espèces qu'il y a lieu de séparer. Sans doute ces espèces ont entre elles certaines affi- mités, peut-être même certaines transitions; mais c’est ainsi qu'il en est tou- jours quand on étudie de nombreux individus d'espèces voisines. I n'en demeure pas moins nécessaire d'opérer des coupures et de distmguer les types spécifiques quand ils sont suffisamment caractérisés.
« Des deux individus d’Am. Fourneli étudiés par M. Bayle, c'est évidemment l'adulte dont la ressemblance avec l’Am. Robini l'avait frappé. Le deuxième, en effet, en diffère d’une façon notable et nous défimirons plus loin ses carac- tères propres.
« Les découvertes que nous avons faites nous:même en Algérie, celles que M. Thomas a faites en Tunisie ont complètement confirmé l'idée de rappro- chement émise autrefois par M. Bayle. L'identité de l'ammonite de Thiollière avec celle de M. Bayle nous parait actuellement évidente.
«D'autre part, M. Fallot a montré récemment que les Ammoniles Robuni, Thioll., et Am. Ewaldi, de Buch, n'étaient que deux variétés de la mème espèce. Cette manière de voir, que notre savant confrère a appuyée d'une bonne démonstration, est d'autant plus admissible que nous avons nous-même observé, dans nos individus d'Afrique, des variations tout à fait semblables et équivalentes.
«Les tubercules latéraux qui caractérisent principalement l’Am. Evaldi s'atténuent et s’effacent avec l’âge. Nous avons pu nous en convaincre en
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ACANTHOCERATIDÉS. 35
enlevant des portions de tour à des individus adultes qui paraissaient entiè- rement lisses, et qui, par suite, pouvaient être appelés Am. Robini; dans les tours antérieurs nous avons retrouvé, souvent très accentués, les tubercules ginaux et dorsaux. L'individu que nous faisons figurer est dans ce cas : une moitié de tour environ, représentant presque toute la dernière loge, a pu être
mar.
détachée et, dans la partie fraîche, mise à nu, les tubercules dorsaux sont apparus très accentués.
« Nous souscrivons donc pleinement à la réunion proposée par M. Fallot, des Am. Robini et Am. Ewaldi, et, à l'exemple de notre confrère, c'est ce dernier nom que nous adopterons comme ayant le droit de priorité. »
. Mettant à part la question de l'identité spécifique des Am. Robini et Am. Evaldi sur laquelle je viens de faire connaître mon opinion, jajouterai que je dois encore faire des réserves sur certaines conclusions de mon savant confrère : avec lui, je considère qu'il y a lieu de distinguer dans les individus rapportés par M. Bayle à Am. Fourneli deux types distincts, mais il me parait impos- sible de voir dans ces deux types les équivalents des formes de Dieulefit et de Gosau. Je ne puis assimiler l'Am. Ewaldi d'Algérie soit à l’'Am. Ewaldi, soit à l'Am. Robini de Dieulefit. Ces formes diffèrent complètement à plusieurs points de vue : l'aspect général n’est pas le même et les individus d'Afrique, avec un ombilic proportionnellement plus étroit, sont bien plus renflés et ont leurs flancs plus convexes que ceux des individus de Dieulefit ; sous le rapport de l’ornementation, l'écart n’est pas moins grand, car dans Am. Fourneli et les formes affines, les côtes sont minces, anguleuses et terminées vers le bord externe par un tubercule arrondi où même presque radial, tandis que dans Am. Robini les côtes sont larges, plates et terminées par un tubercule nette- ment pincé et allongé dans le sens transverse.
Je crois donc devoir distinguer d’Am. Ewaldi la forme africaine définie par M. Péron sous ce nom, et Je l'appelle :
TISSOTIA FICHEURI. A. De GrossOUVRE, n. sp.
1819. Am. Fourneli. Bayle, p. parte, in fournel, Richesse nuner. Algerie, p. 360, pl. XVII, fig. 1 et 2 (non fig. 3 et A). !
1880. Buchiceras Fourneli. Bayle, p. parte, Exphcation de la carte geol. TA France, t. IV, Atlus paleont., pl. XL, fig. 4 et B non fig. 3).
1890. Buchiceras Ewaldi. Péron, Description des pue fossiles des terrains cretaces de la
région Sud des hauts plateaux de la Tunisie, p. 5, nl. XV, fig. 1 à 0.
36 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Je renvoie pour les figures aux ouvrages que je viens de citer, et pour la description aux détails si complets que renferme l'ouvrage de M. Péron; je
me borne à donner ci-dessous le dessin des cloisons de cette espèce.
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Tissotia Ficheuri (gros: = 2), dessin pris sur l'échantillon représenté par M. Péron, Mollusques fossiles... .. (pl. XV, fig. 3).
De même, je ne pense pas que Buchiceras Fournel, Bayle, emend., Péron, soit la mème espèce qu'Am. haplophyllus de Redtenbacher ou que Buchiceras Slizewiczi, Fallot; les différences entre l'espèce d'Algérie et celles de France sont analogues à celles que je viens de signaler entre Am. Ficheurt et Am. Robin, et je crois qu'il y a lieu de maintenir à la fois comme types spécifiques distincis Am. Fourneli et Am. haplophyllus. Pour la définition du premier, Je me range complètement aux idées émises par M. Péron.
TISSOTIA FOURNELT. Bayze, sp. emend. PEÉRON.
1849. Am. Fourneli. Bayle, p. parte, in Fournel, Richesse miner. Algérie, p. 360, pl. XVII, fig. 3 et 4 (non fig. 1 et 2).
1880. Buchiceras Fourneli. Bayle, p. parte, Explication de la carte géologique de France, t. IV, Atlas paleont., pl. XL, fig. 3 (non fig. 2 et 4). 1890. Buchiceras Fourneli. Bayle, emend. Péron, Description des mollusques fossiles des terrains
crétacés de lu region Sud des hauts plateaux de la Tumsie, p. 9, pl. XV, fig. 10 à 14 (et[ 2], "pl. XVII, fig. 11 à 13).
Je renvoie également, pour les descriptions et les figures, aux ouvrages cités ci-dessus; je dois cependant faire quelques réserves sur l'attribution à cette espèce des exemplaires figurés par M. Péron, pl. XVIT, fig. 11 à 15, dont les cloisons paraissent bien différentes de celles du Fourneli type.
I reste à examiner si Tissohia Ficheuri et Tissotia Fournek appartiennent, comme le pense M. Douvillé, au mème type spécifique, dont le premier serait seulement une variété imerme : je ne le crois pas et Je considère ces
ACANTHOCERATIDES. 37
deux espèces comme nettement distinctes ; dans l’une, le bord externe devient de plus en plus pncé et effilé au fur et à mesure que la coquille s’accroit, tandis que dans Lautre il reste toujours épais et terminé par un biseau obtus. Nous retrouverons deux séries de formes analogues dans les espèces d'Europe.
Fig. 18. Fig. 19. MOUTON | À Re Tissotia Fourneli, Tissotia Fourneli (gros. — 2), dessin pris sur l'échantillon cloisons d'après M. Bayle. représenté par M. Péron, Mollusques fossiles... .. (pl. XV, fig. 1o0)).
On peut ajouter que T°. Ficheurt et T. Fournel se distmguent aussi très nettement l’un de l’autre par la forme bien différente de leurs premières selles
latérales.
TISSOTIA ROBINI. Trrioziëre, sp. emend. À. DE GROSSOUVRE. (PI. IV, fig. 1 et 2.)
1818. Ammonites Robini. Tluollière, p. parte, Note sur une nouvelle espèce d'Ammonite pro- venant des grès verts supérieurs du département de la Drôme (Extrait des Annales de la Soc. nationale d'agriculture, etc., de Lyon, 1° série, t: XI), pl. 1, P- parte.
1885. Buchiceras Ewaldi. Fallot, Crétacé du sud-est de la France, p. 237, pl. UE, fig. 1 et 2.
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours très embrassants, croissant rapidement en hauteur, très peu convexes sur les flancs et ayant leur plus grande épaisseur au voisi- nage immédiat de lombilic.
Bord externe formé par un biseau assez tranchant, séparé des flancs par deux carènes latérales plus ou moins marquées.
- Ombülic très étroit. :
Section des tours ogivale.
Les flancs sont ornés de côtes légèrement arquées, radiales, assez larges, très peu saïllantes, prenant naissance à une certaine distance de l’ombilic, et se terminant sur les carènes latérales qui limitent le biseau siphonal par des
® Cet échantillon étant usé superficiellement, les denticulations des lobes ont disparu; il con- vient de remarquer aussi que sa cloison diffère assez notablement de celle qui a été donnée par M. Bayle : en particulier, le premier lobe latéral est proportionnellement beaucoup plus large.
38 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
tubercules transverses mieux indiqués que les côtes. Ges côtes sont de lon- gueurs inégales, une côte longue alternant avec une courte. L’ornementation de cette espèce est d’ailleurs toujours assez obscure : côtes et tubercules, un peu mieux marqués dans le jeune que dans l'adulte, disparaissent complète- ment à un âge plus avancé et la coquille devient alors complètement lisse, comme le grand échanüllon figuré par Thiollière.
Cloisons. — Les cloisons de cette espèce sont bien bâties sur le plan général de celles des Tissotia, comme on peut le voir sur la figure 1° de la planche IV. Je donne ci-dessous leur dessin amplifié et pris sur une cloison de la face, non vue sur la figure 1°; les détails y sont mieux conservés que ceux de la face reproduite, où ils sont peu nets, les échantillons de Dieulefit étant d'or- dinaire assez frustes en raison de la nature de la gangue.
On voit que le premier lobe latéral est plus étroit que la subdivision adja- cente de la selle externe, et que l’autre subdivision de cette selle est dentelée et légèrement bilobée.
Fig. 20.
Tissotia Robini (gros. = 2), d’après l'échantillon représenté pl. IV, fig. 1. 1
Rapports et différences. — En donnant la description de la nouvelle espèce qu'il venait de découvrir, Thiollière faisait observer que le fragment repré- senté au bas et à droite de sa planche se rapporte à un exemplaire plus petit que celui d'après lequel ont été dessinées les trois autres figures; sur cette figure, la subdivision externe de la première selle latérale est entière et à contours arrondis. L'échantuillon qui possède cette cloison appartient donc à une autre espèce et doit être vraisemblablement rattaché à Tissotia Ewaldi.
Les cloisons représentées sur le grand échantillon vu de côté se rapportent aussi bien que possible à celles de la figure 1°, pl. IV. Si l'on tient compte de ce qu'elles ont dû être dessinées à main levée, on s’expliquera les diffé- rences qui peuvent exister dans les proportions des diverses parties:
ACANTHOCERATIDÉS. 39
Par contre, le dessin de la selle ventrale sur la figure placée en haut et à _ droite de la planche de Thiollière ne concorde pas du tout avec celui donné dans l'autre figure, bien que l’auteur dise expressément que ces trois figures se rapportent à un même exemplaire ; il y a là, évidemment, une erreur com- mise par le dessinateur.
Redtenbacher, dans son ouvrage sur les céphalopodes des couches de Gosau, a figuré plusieurs exemplaires de T'issotia provenant de deux ravins, Schmolnauer-Alp et Hofergraben, qui se trouvent au voisinage de Strobl- Weissenbach; ces échantillons paraissent exister en assez grande quantité dans ces gisements, puisque ce savant en a eu en main cinquante-quatre. Parmi ceux qu'il a figurés sous le nom d’Am. cf. Ewaldi, il en est qui appar- tiennent à l'espèce de Thiollière, par exemple celui représenté fig. 55 et dont la figure 5 donne le dessin de la cloison.
L’échantillon que j'ai fait représenter pl. IV, fig. 1, avait déjà été figuré dans le mémoire de M. Fallot, pl. IE, fig. 1, et avait servi de base à sa des- cription de Buchiceras Ewaldi.
Gisement. — Cette espèce a été rencontrée en Aquitame, dans l’assise L' de M. Arnaud, à Pons (Charente-[nférieure) et dans les grès de Dieulefit, qui ont d’ailleurs fourni le type de Thiolhère.
Echantillons examinés. — Un échantillon (collection Arnaud). Deux échantillons (collection de la Sorbonne, collection Sayn) des grès de Dieulefit.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche IV.
Fc. 1°. — Individu de taille moyenne (collection de la Sorbonne), vu de côté pour montrer le dessin des cloisons et l'ornementation de cette espèce qui dis- paraît avec l'âge.
Grès verdàtre de Dieulefit (Drôme).
Fi. 1°. — Le même, vu du côté ventral, pour montrer la forme de la section des tours, qui est subtrapézoïdale au commencement du dernier tour et ogivale à son extrémité. LEse PR
Fi. 2°. — Individu de petite taille (collection Arnaud), vu de côté; on aperçoit les côtes
flexueuses qui ornent les flancs des premiers tours de cette espèce. Pons (Charente-Inférieure), assise L! de M. Arnaud.
Fic. 2h. — Le même, vu du côté ventral. ?
10 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
TISSOTIA EWALDI. L. pe Bucn, sp. (PL IV, fig. 6: pL IX, fig. 5.)
1847. Ammonites Ewaldi. De Buch, Ueber Ceratiten. Bericht ueber die zur Bekanntmachunq . geeigneten Verhandl. der k. preuss. Akad. der Wissenschaften zu Berlin, p. 221.
1848. Ammonites Ewaldi. De Buch, Abhandl. der Akad. der Wissensch. zu Berlin, p. 26; pl. VE, fig. 6 et 7; pl. VIT, fig. 4.
Cette espèce, telle que je l'interprète (voir précédemment, p. 31), res- semble à peu près complètement à T°. Robin : elle en diffère par la forme de sa selle ventrale, subdivisée par un lobule en deux parties inégales, dont l'externe est la plus petite; cette subdivision externe est entière, à contour arrondi, tandis que dans 7°. Robin elle est découpée et légèrement bilobée.
Je donne ci-dessous le dessin d’une partie de la cloison de l’échantillon de la craie de Villedieu (collection de l'abbé Bourgeois), représenté pl. IV, fig. 6 et celui de l'échantillon des Corbières (collection Toucas), représenté pl. IX, fig D.
21.
.
Tissotia Ewaldh (gros. = 3,3), d'après l'échantillon de la craie de Villedieu, représenté pl. IV, fig. 6.
Fig. 22.
Tissotia Ewaldi (gros. = 2, 8), d’après l'échantillon de Rennes-les-Bains, représenté pl. IX, fig. 5.
Parmi les exemplaires se rapportant à cette espèce que J'ai eu l'occasion d'examiner, je citerai particulièrement un individu des grès verdâtres de
ACANTHOCERATIDES. Al
Dieulefit, dont le dernier tour présente sur sa première moitié des tubercules assez prononcés placés tout autour de l'ombilic, à peu près comme nous le verrons plus loim dans 7°. Slizewiczi et comme il en existe aussi dans l’échan- üllon des Corbières, pl. IX, fig. 6; mais sur ce dermer ils sont moins sail- lants. Ils disparaissent ensuite sur la dernière partie du dernier tour.
H existe donc, dans T. Ewaldi, et probablement aussi dans T. Robini, des variétés à ornementation plus ou moins prononcée, chez lesquelles se trouvent, tout autour de lombilic, des tubercules servant de point de départ à des côtes se terminant sur le bord externe par un tubercule transverse. À un âge plus avancé, ces tubercules disparaissent et la coquille devient alors à peu près lisse, comme dans les individus à ornementation peu accentuée.
Redtenbacher signale ce mème caractère dans les jeunes individus prove- nant des environs de Strobl-Weissenbach, qu'il a décrits sous le nom d’Am. cf. Ewaldi. Ja dit précédemment qu'un certam nombre des échantillons de cette région devaient être rapportés à 7. Robini; il en est d’autres qui se rat- tachent au contraire à T°. Ewaldi, comme par exemple celui qui a été figuré pl. XXIL, fig. 5, et dont le dessin de la cloison est donné fig. b!. -
Gisement. — Cette espèce a été rencontrée à Cangey (Loir-et-Cher) dans les calcaires durs qui forment la base de la craie de Villedieu; aux Eyzies (Dordogne), dans les Corbières et dans les couches de Gosau des Alpes orien- tales, à Strobl-Weissenbach.
. Échantillons examinés. — Un échantillon de la base de la craie de Villedieu (collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy). Un échantillon des Eyzies (collection Boreau-Lajanadie); assise L! de M. Arnaud. Un échantillon (collection Toucas) des environs de Rennes-les-Bains (Aude) des calcaires durs à Cyphosoma Archiuci.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche IV.
F16. 6. — Individu d'assez grande taille (collection de l'abbé Bourgeois, à l'École de Pontlevoy), vu de côté pour montrer l’ornementation des flancs. Calcaires durs de la base de la craie de Villedieu. Cangey, près Amboise (Indre-et-Loire). 6
IMPRIMERIE NATIONALF-
12 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Planche IX.
Fic. 5. — Individu (collection Toucas) vu de côté pour montrer l'ornementation des flancs : on voit que les tubercules ombilicaux disparaissent à l'extrémité du dernier tour.
Environs de Rennes-les-Bains (Aude). Calcaires durs à Cyphosoma Archiaci de l'étage sénonien.
TISSOTIA REDTENBACHERI. À. pe GROSSOUVRE, n. sp.
Je distingue sous ce nom un échantillon du coniacien moyen de la Dor- dogne, qui possède la forme et l’ornementation des individus appartenant à la variété plate de T. Ewaldi, mais dont la ligne suturale montre une selle externe bien particulière et tout à fait différente de celles que l'on rencontre chez T°. Ewaldi aussi bien que chez T. Robin, comme le montre la figure ci- dessous.
(= É = Ê— K ne Eee A Se ee À Ses ) )
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Tissotia Redtenbacheri (gros. — 3,7), d’après un échantillon des Eyzies.
Gisement. — Assise L! de M. Arnaud. L’échantillon examiné (collection Arnaud) provient du tunnel de Hana 16, près les Eyzies (Dordogne), sur la ligne de Périgueux à Agen.
TISSOTIA HAPLOPHYLLA. REDTENBACHER, sp. (PL. IV, fig. 3, 4 et 5.)
1873. Am. haplophyllus. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geol. Reïchsanstalt, t: V, p. 100, pl: XXII, fig. 1.
| Coquille discoïdale, comprimée.
ACANTHOCERATIDÉS. 43
Spire formée de tours très embrassants, croissant assez rapidement, peu convexes sur les flancs, ayant leur plus grande épaisseur à peu près vers le üers de la hauteur.
Bord externe formé par un biseau plus ou moins obtus, qui se déprime de plus en plus avec l’âge.
Ombilic petit.
Section des tours subtrapézoïdale.
L'ornementation de cette coquille se compose de nodosités situées tout au- iour de l'ombilic, fortement surélevées et dirigées très obliquement en avant : le maximum de surélévation se trouve à une très petite distance de l'ombilic et, entre ce point et le bord de l'ombulic, le tubercule est très étroit et comme pincé; de l’autre côté, il s'abaisse rapidement et en même temps s’élargit beaucoup pour donner naissance par bifurcation à deux, plus généralement trois, côtes larges, très atténuées, qui s'infléchissent d’abord en avant, puis reviennent ensuite un peu en arrière et se terminent sur le contour même par un tubercule transverse. Le nombre des tubercules marginaux est à peu près trois fois celui des tubercules ombilicaux.
Le biseau qui forme le bord externe est limité de chaque côté par une série de tubercules allongés dans le sens de l’enroulement : son tranchant paraît lisse dans le jeune; plus tard, il devient crénelé d’une manière plus ou moins distincte, et ses dentelures alternent avec les tubercules latéraux.
À mesure que la coquille grossit, les tubercules ombilicaux se surélèvent de plus en plus (pl. IV, fig. 5) et les côtes deviennent de moins en moins distinctes, de sorte que finalement l’ornementation de la coquille consiste en une série de tubercules ombilicaux saillants et obliques en avant, et une série de tubercules marginaux, en nombre à peu près triple de celui des premiers.
À côté de la forme renflée et à ornementation vigoureuse ainsi définie et qui parait répondre exactement au type créé par Redtenbacher, viennent se ranger des variétés moins épaisses à ornementation moins accentuée. Tels sont, par exemple, les deux échantillons, fig. 3 et fig. 4 de la planche IV, chez lesquels les côtes sont moins surélevées sur le bord de l’'ombilic ; elles paraissent même tendre à disparaitre complètement dans cette région, comme cela se produit dans les adultes de T. Robin et T. Ewaldi.
Cloisons. — Elles sont bâties sur le plan général des cloisons des Tissotia
G.
Lu LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
et offrent en particulier beaucoup d'analogies avec celles de 7. Ewaldi, ainsi que le montre la figure ci-dessous.
Tissotia haplophylla (gros. —3), d'après l'échantillon de Puymoyen représenté pl. IV, fig. 4
Comme dans Tissotia Ewaldi, la selle externe est subdivisée en deux par- ties à contours arrondis : la subdivision la plus externe est légèrement dépri- mée en son milieu, comme si elle avait tendance à se bilober. Dans le dessin des cloisons de T°. haplophylla données par Redtenbacher (loc. cit., pl. XXII, fig. 1°), cette subdivision est mdiquée comme dentelée; mais l'exactitude de ce caractère peut être suspectée, car Redtenbacher dit que les cloisons sont peu distinctes.
Ce qui distingue le dessin des cloisons de 7. haplophylla de celui des cloisons de T. Ewaldi, c'est que le premier lobe latéral, tout en étant moins large que la première selle auxiliaire, est aussi large ou mème un peu plus large que la subdivision adjacente de la selle externe, tandis que dans 7. Ewaldi, le premier lobe latéral est nettement moins large que cette subdi- vision.
Rapports et différences. — Cette espèce a été créée par Redtenbacher sur un échantillon unique provenant des marnes du ravin de Schmolnauer Alp, près Strobl-Weissenbach.
Elle présente beaucoup d’analogies avec T°. Robin et T. Ewaldh, et se dis- tingue de ces deux espèces par la forme de ses tours dont le biseau ventral tend à devenir de plus en plus méplat avec l’âge, tandis que pour les autres, l'inverse se produit et le bord ventral devient, au contraire, de plus en plus tranchant à mesure que la coquille s’accroit.
Elle est aussi très voisme de Barroisia Haberfelineri et la distinction est assez difficile pour les échantillons sur lesquels on ne peut pas examiner les cloisons. On peut dire cependant que dans cette dernière espèce, le bord ventral se déprime encore plus rapidement que dans T°. haplophylla, et que
ACANTHOCERATIDES. 45
les nodosités ombilicales y sont, à taille égale, moins pincées, plus larges et
moins saillantes.
Gisement. — Cette espèce habite l'étage coniacien et plus particulièrement F 5 Ë P
les couches inférieures de cet étage. On l'a rencontrée en Touraine, en Aqui-
taine, dans les Corbières et dans les Alpes orientales (couches de Gosau).
Échantillons examinés. — Un échantillon de Nieul-le-Virouil (Charente- Inférieure) [collection Réjaudry], dans l'assise K de M. Arnaud.
Un échantillon de Pons (Charenie-[nférieure) [collection Arnaud}, dans l’assise L! de M. Arnaud.
Un échantillon de Puymoyen, route de Torsac (Charente) [collection Boreau-bajanadie |, dans les calcaires glauconieux à texture gréseuse de l’as- sise K de M. Arnaud.
Un échantillon (collection Réjaudry) de Saint-Hilaire-de-Jonzac (Gharente- Inférieure), dans l’assise L! de M. Arnaud.
Un échantillon (collecuon A. de Grossouvre) provenant des calcaires durs de la partie inférieure de la craie de Villedieu, exploités dans les carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher.) :
EXPLICATION DES FIGURES. Planche IV.
Fig. 3°. — Individu de petite taille (collection Réjaudry), vu de côté pour montrer les côtes flexueuses partant des tubercules ombilicaux qui constituent l'orne- mentation de cette espèce.
Saint-Hilaire-de-Jonzac (Charente-Inférieure). Coniacien moyen : assise Li de M. Arnaud.
Fc. 32. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la section des tours qui est tra- pézoïdale, le bord ventral tendant à se déprimer de plus en plus à mesure que la coquille s’accroft.
Fi. 4°. — Individu de petite taille (collection Boreau-Lajanadie), vu de côté : on voit qu'il existe encore, au commencement du dernier tour, dés tubercules om- bilicaux qui disparaissent sur la dernière partie de ce tour.
Puymoyen, route de Torsac (Charente). Étage coniacien inférieur.
F1c. 4. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la forme de la section des tours, analogue à celle de l'individu précédent.
16 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Frç. 5°. — Individu d'assez grande taille (collection Réjaudry), de forme renflée, vu de côté pour montrer l'ornementation vigoureuse des flancs; à cette taille, les côtes qui réunissent les tubercules ombilicaux aux tubercules ventraux ont à peu près complètement disparu.
Environs de Pons (Charente-Inférieure).
Coniacien moyen : assise L! de M. Arnaud. FiG. 5!. — Le même, vu du côté ventral pour montrer l'épaisseur des tours, la forme
déprimée du bord ventral et les tubercules de la carène siphonale.
TISSOTIA SLIZEWICZI. Fazcor, sp- (PI. VIF, fig. 2.)
1885. Buchiceras Slizewiczi, Fallot, Crétacé du sud-est de la France, p. 240, pl. LL, fig. 2.
Cette espèce ressemble beaucoup pour la forme et l'ornementation à 7.
Tissotia Slizewicz1, reproduction de 1a figure donnée par M. Fallot, Crétacé... .. pl. IL, fig. 2.
ACANTHOCERATIDÉS. A7
haplophylla. Elle comprend des formes à ornementation très accentuée, comme l'individu qui a servi de type à M. Fallot pour établir cette espèce et dont j'ai fait reproduire ci-dessus le dessin emprunté à l'ouvrage de M. Fallot, et d’autres à ornementation presque nulle, comme l'individu représenté par la figure 2 de la planche VII.
Ce qui distingue cette espèce, c'est le dessin de ses cloisons (voir fig. 25, 26 et 27); le lobe latéral supérieur est plus large que la première selle laté- rale et plus large aussi que la subdivision adjacente de la selle latérale supé- rieure. En même temps, la subdivision externe de la selle externe est elle-même profondément bilobée, de telle sorte que cette selle est en défimtive subdivisée en trois parties par deux lobules. Ce caractère ressort bien sur l'échantillon type de M. Fallot; nous le retrouvons aussi net sur un autre échantillon de Pons, provenant de l’assise L! de M. Arnaud, dont je donne le dessin ci-dessous.
Fig, 26. i flan
Tissotia Slizewiczt (gros. — 2,5), fragment de cloison d’après un échantillon de Pons (collection Arnaud).
Tissotia Slizewiczi (gros. — 3,6), d'après un échantillon des Eyzies (collection Boreau-Lajanadie).
Gisement. — Cette espèce appartient à l'étage coniacien et parait habiter de préférence la partie moyenne de cet étage. Elle a été rencontrée dans l’Aquitaine et à Dieulefit.
Échantillons examinés. — Un échantillon (collection Arnaud) des environs de Pons (Charente-Inférieure); assise L! de M. Arnaud. Un échantillon (collection Boreau-Lajanadie) des Eyzies (Dordogne) ; assise - L! de M. Arnaud.
A8 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Un échantillon (collection Arnaud) de Toutyfaut, près Angoulême; assise
[1 de M, Arnaud, EXPLICATION DES FIGURES.
Planche VII.
Fiç. 2. — Individu jeune (collection Arnaud), vu de côté pour montrer les tubercules ombilicaux et leur disparition à l'extrémité du dernier tour. Assise Li de M. Arnaud. Pons (Charente-Inférieure). FiG. 2. — Le même, vu du côté ventral.
RÉSUMÉ.
On voit qu'il existe dans les Tissotia deux séries de formes bien distinctes.
Dans les unes (7. Ficheuri, T. Robin, T. Ewald, T. Redtenbachert), la coquille adulte a le bord ventral tranchant; dans les autres, au contraire, (T°. Fourneli, T. haplophylla, T. Slizewiczi), le bord externe tend à devenir de plus en plus méplat au fur et à mesure que la coquille s’accroit.
Dans ces deux séries, on retrouve les mêmes variations dans l’ornementa- üon : les variétés plates sont presque lisses et les variétés renflées -ont une ornementation plus vigoureuse, avec tubercules ombilicaux parfois très accen- tués, servant de point de départ à des côtes flexueuses, qui se terminent par des tubercules sur le contour externe.
Dans ces deux séries, les espèces que J'ai distinguées diffèrent principale- ment par les détails de la cloison et surtout par la forme de la selle ventrale, qui est tantôt bilobée, tantôt trilobée, à contours simples ou persillés, et 1l semble que le nombre des subdivisions de cette selle est plus grand dans les individus qui appartiennent aux assises plus récentes que dans ceux des assises plus anciennes.
I est possible que ces espèces, ou un certain nombre d’entre elles, aient été munies d’une quille, prolongeant la carène ventrale, qui aurait disparu sur les moules internes, en raison de sa fragilité; ainsi, M. Péron a montré son existence, à l’état de lame mince très saillante, chez T. Ficheuri (loc. cit., p- 7» et pl: XV, fig. 1).
Les Tissotia d'Afrique, parmi lesquels les deux formes les plus fréquentes paraissent être T. Fourneli et T. Ficheuri, ont été considérés jusqu'ici comme appartenant à la base de l'étage sénonien, mais il est fort difficile d'établir la -
ACANTHOCERATIDES. 19
correspondance exacte des couches crétacées d'Afrique avec celles d'Europe, en raison du petit nombre de fossiles communs et du peu de valeur stratigra- phique de ceux qui se rencontrent à la fois dans les deux régions. En réalité, l'assimilation que l'on a faite des T'issotia africains avec les formes européennes ne parait pas fondée et ne peut servir de base pour un parallélisme. D'autre part, on rencontre en France, dans l'étage turonien, des formes qui paraissent beaucoup plus voisines de celles d'Algérie que ne le sont les espèces de Dieu- lefit et de Gosau.
Leur aspect général est à peu près le même et elles n’en diffèrent guère que par leurs cloisons, denticulées au lieu d'être à contours simples.
Ainsi, dans la Charente-Inférieure, M. Arnaud a trouvé à Taïllebourg, dans lassise F1 (Angoumien inférieur), un échantillon à peu près identique comme forme et comme ornementation à l'individu figuré par M. Péron (loc. cit., pl. XV, fig. 10 et 11), et en Provence, M. Bertrand a trouvé à la base de l'étage turonien du ravin des Jeannots, près la Bédoule (Bouches-du-Rhône) des échantillons tout à fait analogues aux précédents.
M. Douvillé a d’ailleurs signalé l’analogie de Tissohia Tissoti avec Ammonites Galliennei, espèce que l'on trouve dans le tuffeau de Touraine en compagnie | d’Acanthoceras Deverioïdes, Prionotropis Woolgari, Sonneratia perampla.
Enfin, 1l n’est pas sans intérêt non plus de signaler l’analogie d’une espèce d'Algérie, Sonneratia Rollandi, Péron, sp., avec une autre du tuffeau des en- virons de Saumur, décrite par Courtiller sous le nom d’Am. cephalotus : sous le rapport de la forme extérieure, elles sont à peu près complètement iden- tiques ; elles ne diffèrent guère que par le dessin des cloisons, qui sont beau- coup plus découpées dans la figure donnée par Courtiller que dans celle de M. Péron. J'ajouterai que Courtiller a figuré comme jeune de son Am. cepha- lotus un échantillon bien voism de l'espèce de Tunisie décrite par M. Péron sous le nom de Pachydiscus (Sonneratia) africanus.
Ces dernières espèces sont indiquées comme appartenant à l'étage turo- mien de la Tumisie : elles doivent donc être considérées comme provenant d'un niveau inférieur à celui des Tissotia Ficheurt et T. Tissoti.
Or Je regarde le tuffeau de Maine-et-Loire caractérisé par Sonneratia per- ampla, Sonneratia cephalota, Mammites Revellierei (=Rochebrunei), Priono- tropis Woolgqari, etc., comme inférieur au tuffeau de la vallée du Loir, des environs de Château-du-Loir et de Couture, où l’on rencontre bien encore Prionotropis Woolgari, mais aussi d’autres formes : Acanthoceras Deverioïdes
IMPIIMERLE NAÏIONAYE.
50 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
et Tissotia Galliennei; ces dernières espèces n’ont Jamais été trouvées dans le tuffeau de Maine-et-Loire, qui renferme au contraire Mamnutes Revellierer (—Rochebruneï), espèce cantonnée partout dans le turonien le plus imférieur.
On voit ainsi que Sonneratia cephalota habite un niveau inférieur à celui de Tissotia Galliennei, de mème que Sonneratia Rollandi se trouve au-dessous de Tissotia Tissoti : 1 y a là, dans la position de ces formes similaires et lon pourrait dire représentatives, une symétrie qui paraît favorable au parallélisme des assises qui les renferment. Je suis donc tout disposé, conformément aux idées déjà exprimées par M. Douvillé, à croire que Tissotia Fournel et T. F1 cheuri appartiennent plutôt à l'étage turonien qu’à l'étage sénonien.
Les T'issotia à cloisons simples sont très répandus, comme je l'ai dit précé- demment, dans les couches crétacées du facies méditerranéen, en Afrique et en Palestine; 1ls ont été rencontrés en outre dans les couches de Gosau des Alpes-Orientales, dans les Corbières, dans l’Aquitaine, et de ce côté ils re- montent vers le Nord jusqu’en Touraine, mais 1ls font complètement défaut dans la craie de Westphalie et dans celle de Bohème. Leur aire d'extension se trouve donc avoir à peu près la même limite que celle des couches juras- siques dites à facies alpin, et il est assez remarquable de voir pénétrer dans la région de la Loire ces fossiles caractéristiques de couches crétacées plus méridionales, alors qu'une circonstance analogue s’est déjà produite pendant l'ère jurassique : j'ai en effet moniré, 1l y a quelques années, que l’on rencontre dans le Poitou un certain nombre de formes de brachiopodes spéciales aux | couches de la région alpine.
LAB. 1 Genre BARROISIA*" À. pe GROSSOUVRE, nov. gen.
Ce genre, qui renferme des espèces très voisines des Tissotia, me parait pouvoir être établi en raison de certains caractères particuliers.
Les cloisons diffèrent de celles des Tissotia par la réduction du nombre des lobes : la forme générale n’est pas la même non plus. Chez les Tissotia, les cloisons ne sont pas seulement très simples, ayant leurs selles à contours arrondis, comme cela se présente dans les Tissotia d'Afrique ou dans ceux de Dieulefit; mais elles peuvent être aussi denticulées comme dans les exem-
plaires d'Alcoy (Espagne), que M. Douvillé rattache aux Tissotia () et que
® Douvillé, Classification des Cératites de la craie (Bull. Soc. géol. de France, 3° série, XIX, p- 289, fig. 7).
w Nora. « Le nom de un, ayant déjà été employé par M. Munier-Chalmas (Compte rendu «sommaire des séances de la Soc. géol. de France, 5 juin 1882, et Bulletin, 3° série, X, p. 425), « devra ètre remplacé par celui de Barroisicerus, de Grossouvre, 1894.»
ACANTHOCERATIDÉS. 51
M. Nicklès a décrits sous le nom de Pulchellia (Tissotia) Chalmasi (n), Néan- moins, même chez ces derniers, les cloisons sont moins profondément dé- chiquetées que dans les formes que je groupe sous le nom de Barroisia; en outre, la selle interne de celles-ci est bien divisée par un lobule en deux parties imégales, comme dans T'issotia, mais la plus petite est du côté mterne, au lieu de se trouver du côté externe.
Fig. 28.
NS D
Barroisia Haberfellneri (gros. = 3,5), dessin de M. Douvillé, d'après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. IT, fig. 5.
Ce ne sont assurément que des différences de second ordre, mais, comme I
je l'ai déjà dit, je crois qu'actuellement il y a avantage à multiplier les cou-
pures, de manière à ne grouper dans un même genre que des formes réelle-
ment aflines. Il est préférable, à mon avis, de tomber dans cet excès plutôt P Ù P
que d'établir des genres trop étendus qui risquent d'être hétérogènes, comme
cela s’est produit pour les anciens genres Acanthoceras, Schlünbachia, etc.
BARROISIA HABERFELLNERL. F. vox Hauer, sp.
(PL. I, fig. à à 5, et pl. IL, fig. à à 8.)
1859. Ammonites petrocoriensis. Coquand, Synopsis des fossiles de la formation crétacée du sud-ouest de la France.
1866. Ammonites Haberfellneri. F. von Hauer, Neue Cephalopoden aus den Gosaugebilden, p- 2; pl. 1, fig. à à 5. (Sitzungsber. der k. k. Akad. der Wissenschaften. Bd. LIL.)
1872. Ammonites Neptuni. Gein (?), Fritsch und Schlônbach, Cephalopoden d. bôhmischen Kreide, p. 30, pl. XIV, fig. 3. |
1872. Ammonites dentato-carinatus. Rôm, Kritsch und Schlônbach, Cephalopoden d. bôh- mischen Kreide, p. 32; pl. XVI, fig. 1 à 3.
(2) 1873. Ammonites Haberfellneri. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geolog. Reichsanstalt, t. NV, p. 101; pl. XXII, fig. 2.
1873. Ammornites Päon. Redtenbacher, Die ‘Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geolog. Reichsanstalt, t. V, p. 103; pl. XXII, fig. 3.
® Nicklès, Contributions à la palcontologie du sud-est de l'Espagne (Mémoires Soc. geol. de France, Paleontologie, t. 1, mémoire n° 4, p. 16; pl. 1, Gg. 17-19; pl. IE, fig. 3).
=]
52 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
1876. Ammonit:s alstadenensis. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 151; pi. XL, fig. 13 à 16. 1885. Buchiceras Nardini. Fallot, Cretace du sud-est ñ la France, p. 241; pl. IL, fig. 3 et 4.
Coquille discoïdale, comprimée, dont la forme et l’ornementation sont très variables dans les diverses phases de développement. ©
Spire formée de tours embrassants, s’accroissant assez rapidement, très peu convexes sur les flancs. ï
Section des tours de forme trapézoïdale, ayant sa plus grande épaisseur au voisinage de l'ombilic. ;
Ombilic de grandeur médiocre, nettement séparé des flancs par un pour- tour arrondi un peu anguleux.
Bord externe terminé par un biseau, obtus dans le : jeune, se déprimant ensuite rapidement de manière à paraître même concave à cause de la saillie des tubercules latéraux ; enfin, quand ceux-ci ont disparu, 1l reste déprimé et un peu convexe, mais la carène médiane s’est effacée complètement.
Les variations de l'ornementation et de la forme se produisent tellement rapidement, que je crois nécessaire de décrire complètement une série d’échan- üllons représentant ce type à divers degrés de développement.
Sur les échantillons de 2 à 3 centimètres de diamètre (pl. I, fig. 4 et 5; pl. IL, fig. 3). les flancs sont ornés de côtes fortes, élevées, partant de l'om- bilic et se dirigeant obliquement en avant. Ces côtes sont droites ou très fai- blement arquées et elles se terminent vers le milieu de la hauteur des flancs par une surélévation de laquelle partent, en général, deux côtes légèrement flexueuses portant à leur extrémité, sur le pourtour externe, un tubercule transverse assez fortement relevé. Ces côtes externes sont larges, arrondies, peu saïllantes, légèrement atténuées dans leur partie médiane. Entre elles, il s'en intercale parfois une qui prend naissance dans la région moyenne des flancs : si le point de départ de cette côte intercalaire se trouve au-dessus du milieu des flancs, elle n’est bien marquée qu’au voisinage même du bord ex- terne ; si, au contraire, elle part d’un point plus rapproché de l’ombilic, elle est surélevée au milieu de la hauteur des flancs, tout comme les côtes prin- cipales.
Le bord externe est limité de chaque côté par une série “ tubercules sy- métriques placés à l'extrémité des côtes. Ils sont allongés dans le sens de la spirale et séparés par des intervalles un peu plus grands que leur longueur : leur nombre est deux ou trois fois plus grand que celui des côtes ombilicales.
ACANTHOCERATIDÉS. 53
Le bord externe est un biseau obtus dont le tranchant est crénelé ; chacune des dentelures de la carène médiane correspond à un des tubercules latéraux et se trouve légèrement en avant, par rapport à celui-ci.
Le bord externe se déprime très rapidement : déjà, à l'extrémité de la spire de certains individus n'ayant que 3 centimètres de diamètre, 1 est coupé à peu près carrément et la carène médiane est à peine apparente ; les deux rangées latérales de tubercules font alors saillie de chaque côté vers l'extérieur, de sorte que le bord externe semble concave.
I existe entre les échantillons examinés quelques différences qui tiennent au mode de fossilisation et surtout à la nature de la gangue.
Dans un des échantillons provenant de la craie de Villedieu (pl. IT, fig. 3), les côtes ombilicales présentent à leurs extrémités, c’est-à-dire sur le bord de lombilic et vers le milieu de la hauteur des flancs, une surélévation formant gu, moins prononcé vers l’ombilic qu'au milieu des flancs.
8 Sur les autres échantillons, dont l’état de conservation est moins bon ou
un petit tubercule ai
dont la gangue est moins dure, c’est à peine si une légère surélévation au voi- sinage de l’ombilic laisse soupçonner en ce point l'existence du tubercule que montre l'échantillon, mieux conservé, dont je viens de parler; la côte om- bilicale aussi est seulement surélevée à son extrémité, vers le milieu des flancs.
Lorsque la coquille se développe, les côtes ombilicales s’épaississent, de- viennent moins nettes, moins tranchantes et se transforment en une grosse nodosité placée sur le bord de l'ombilic, de laquelle partent deux côtes très larges, peu marquées, très affaiblies dans la région médiane des flancs et allant aboutir sur le bord externe à des tubercules transverses très saillants. À ce stade, le point de bifurcation des côtes est donc beaucoup plus rapproché de lombilic, et si, de distance en distance, il s’intercale une côte supplé- mentaire, celle-ci n’est guère visible que sur la région externe au voismage immédiat du tubercule qui la termine. C’est à ce stade également que les tubercules externes deviennent très prononcés, très proéminents vers l’exté- rieur, de telle sorte que le contour veniral, à peu près méplat, paraît con- cave à cause de la saillie des deux rangées de tubercules entre lesquels il est compris; c'est avec peine que l’on peut distinguer en son milieu une légère arête qui correspond à la carène dentelée du stade précédent.
Plus tard, les côtes qui réunissent les nodosités du bord de l’'ombilic aux tubercules du pourtour interne s’affablissent peu à peu dans la région mé- diane des flancs et finissent même par disparaître complètement; à un stade
oh LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
ultérieur, les nodosités ombilicales et les tubercules externes disparaissent à leur tour et la coquille devient complètement lisse, à section subquadran- gulaire, à bord externe très faiblement convexe : l'individu de la planche F, fig. 2, présente cet aspect sur une longueur d'environ un tiers de tour parais- sant correspondre à la dernière loge.
La forme et lornementation de la coquille se modifient très notablement suivant son degré de renflement ou d’aplatissement, et on trouve toute une série de variétés présentant entre elles à peu près les mêmes relations que celles qui existent entre Am. varians, Am. Coupet et les échantillons formant passage graduel entre ces formes exirèmes.
Dans les variétés plates (pl. IE, fig. 2, 4, 7 et 8), l'ombulic est plus petit et plus nettement séparé des flancs ; le bord externe est formé par un biseau plus tranchant. L’ornementation est plus faible, les côtes sont moins pronon- cées et plus nombreuses; elles disparaissent plus tôt et la eoquille devient presque complètement lisse avant d’avoir attemt un diamètre un peu grand. C'est à pee si l'on voit alors sur le bord de lombilic quelques nodosités allongées et obliques, Le pourtour externe est encore orné de petits tubercules et le bord externe a toujours la forme d’un biseau à carène très faiblement crénelée. Souvent même, sur les moules internes, on n'aperçoit plus aucune irace des côtes au voisinage de l'ombilic, et l’ornementation se réduit à la triple rangée des dents de la carène et des tubercules latéraux, eux-mêmes irès effacés et à peine visibles. Cependant, sur quelques échantillons de même taille ayant conservé leur test, on aperçoit au voismage de l'ombilic de petites côtes fortement infléchies en avant, mais s’effaçant avant d’avoir atteint le premier quart de la hauteur des flancs.
Sur un échantillon (pl. Il, fig. 8) ayani 4 centimètres de diamètre et seulement 6 millimètres d'épaisseur et ayant conservé son test, l’ornementa- üon est si faible, que pour l’apercevoir il faut faire muroiter la coquille à la lumière; les dentelures de la quille médiane et des carènes latérales sont à peine perceptübles. Cet échantillon montre que la plus grande épaisseur de la coquille n’est pas exactement sur le bord de l'ombilic, mais à peu près au üers de la hauteur des tours. ;
Dans les exemplaires renflés, la saillie des tubercules ombilicaux donne, au : contraire, l'illusion que la plus grande épaisseur se trouve près de l'ombilic, ainsi que je l'indiquais en commençant. Ceux-ci ont l’ombilic relativement plus grand et l’ornementation beaucoup plus vigoureuse; les côtes sont moins
ACANTHOCERATIDÉS. 55
-
nombreuses et plus fortes. Tandis que sur les échantillons de forme moyenne le nombre des côtes ou des nodosités du bord de l'ombulic est d'environ onze par tour, il peut se réduire à six ou sept, comme sur l'échantillon que j'ai fait figurer pl. Il, &g. 6. Ces nodosités sont alors tellement prononcées et tellement saillantes, qu’elles forment tout autour de lombilic une rangée de pointes, à peu près comme dans Ammorutes orthocera du Kimméridien.
De nombreuses variétés se rattachent donc à ce type spécifique. L'aspect général de la coquille et son ornementation sont si différents aux divers stades du développement, qu'on pourrait être entrainé à en faire des espèces dis- tinctes : c’est ainsi, par exemple, que le nombre des tubercules externes peut varier de seize, dans les échanullons les plus renflés, à trente-six dans les échantillons plats. J'ai indiqué, en outre, combien le mode de fossilisation, la nature de la gangue, la conservation du test, pouvaient entrainer de dif- férences dans certains détails de l’ornementation.
En comparant entre eux les divers échantillons que j'ai fait figurer, on pourra constater qu'il n’en existe pas deux qui soient complètement identiques et queles différences entre eux sont souvent de mème ordre que celles qui ont motivé dans bien des cas la création d'espèces différentes.
H est bien certain que je n'aurais pu identifier et rapporter au même type spécifique tous ces individus si je n'avais pas eu sous les yeux une grande quan- üté d'exemplaires présentant toute une série de formes intermédiaires et éta- blissant une gradation continue depuis les échantillons à-forme comprimée, à ornementation nulle ou peu apparente et éeux plus renflés à ornementation très vigoureuse et très saïllante. Comme tous ces exemplaires proviennent, sinon du mème gisement, du moins de localités peu éloignées, et qu'ils appar- tiennent tous à un même horizon géologique bien nettement défini, on pour- rait presque dire à la même couche, 1 faut bien n'y voir que des variations d'un même type et les comprendre sous la même désignation spécifique.
Cependant, il me paraît utile d'établir dans cette série continue de formes variées un certain nombre de points de repère pour définir les variations que l'on peut avoir l’occasion d’observer dans chaque localité.
Je distinguerai donc :
1° Barroisia Haberfellneri, type, pour les formes demrrenflées, telles que l'individu de la planche I, fig. 1 ;
2° Barroisia Haberfelineri, var. alstadenensis, Schlüter, pour les formes plates à ornementation faible, telles que les individus de la planche IL, fig. 4
F
56 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
et 7, qui me paraissent bien correspondre à l’exemplaire de Westphalie figuré par.M. le docteur Schlüter sous le nom d’Am. alstadenensis (Cephalopoden der ob. d. Kreide, pl. XL, fig. 13 à 15);
3° Barroisia Haberfellneri, var. Desmoulinst, pour les formes très renflées telles que l’ndividu de la planche Il, fig. 6, qui me parait correspondre à l'exemplaire représenté par MM. Fritsch et Schlônbach sous le nom d’Ammo- nites dentato-carinatus (Cephal. d. bômischen Kreide, pl. XVI, fig. 3);
4° Barroisia Haberfellneri, var. Harléi, pour les variétés très plates et à peu près lisses, telles que les individus représentés pl. IL, fig. 7 et 8.
Cloisons. — La ligne suturale de B. Haberfellneri est assez réduite et ne comprend, outre le lobe siphonal, que deux lobes latéraux et un lobe auxi- liaire. Le premier lobe latéral est de forme très irrégulière : il est bifide à son extrémité et présente du côté externe une échancrure très développée, assez analogue à celle que l’on rencontre dans certaines cloisons d’Hoplitides. Le contour de la première selle latérale est très déchiqueté : cette selle est subdivisée en trois parties par deux lobules.
Le dessin ci-dessous, pris sur l'échantillon de la figure 3, pl. Il, provenant de la craie de Villedieu, donne les détails de cette cloison.
Barroisia Haberfellneri (gros.— 3,5), dessin de M. Douvillé, d’après l'échantillon représenté pl. Il, fig. 3.
Observations. — C'est Coquand qui, le premier, en 1859, dans son Synopsis des fossiles de la formation crétacée du sud-ouest de la France, a signalé, sous le nom d’'Ammonites petrocoriensis, le type que je viens de décrire; mais comme sa diagnose n'était accompagnée d'aucune figure, ce nom doit être écarté de la nomenclature. J'ai cru devoir reproduire pl. IL, fig. 5, l'individu qui a servi de type à Coquand; je donne ici la description du Synopsis :
« Coquille légèrement renflée au milieu, de la forme des Ammonutes syriacus, costulée et tuberculeuse ; ombilic très étroit, côtes épaisses, plates, mal indi-
ACANTHOCERATIDES. 57
quées, partant du pourtour de l'ombilic, où elles commencent par un tuber- cule très saillant, se bifurquant ou se trifurquant et s’effaçant, pour ainsi dire, sur la partie médiane du tour et se terminant autour du dos par un tuber- eule très saïllant. Dos tranchant, formé par une carène tuberculeuse. Chaque tubercule correspond aux tubercules dorsaux, c’est-à-dire que le dos présente trois séries de tubercules, dont les médians tranchants et allongés. Montignac (Dordogne), de la collection de l'École des Mines. »
Coquand avait classé à tort cette espèce dans son étage campanien, tandis que les couches de Montignac appartiennent, au contraire, à la partie infé- riéeure de l'étage conacien, ainsi que la démontré plus tard Harlé dans sa Note sur le niveau des calcaires crétacés de Sarlat (Dordogne). | Bul. Soc. géol. de France, 2° série, XX, p. 120; 1862.]
En 1866,M.F, von Hauer a décrit et figuré sous le nom d’'Ammonites Haber- fellneri une espèce basée sur l'examen de un échantillons recueillis dans les couches de Gosau, à Gams, près Hieflau (Styrie), et dans les environs de Strobl- Weissenbach, près Saint-Wolfgang (Haute-Autriche). La figure 1, pl. [, de ce savant paraît se rapporter assez exactement à certains échantillons que j'ai eu l'occasion d'examiner et en particulier à celui représenté ici, pl. I, fig. 1. Je ne pense pas que l'assimilation puisse être douteuse : la coupe des tours, pl. E, fig. 2 (v. Hauer), faite suivant un plan passant par une nodosité ombilicale et un tubercule externe, correspond bien à ce que donnerait une coupe ana- logue faite dans les échantillons de France; les figures 3 et 4 sont égale- ment bien conformes à ce que l’on trouve dans ces dermiers. Le dessin des cloisons concorde aussi exactement qu'on peut le désirer pour un dessin, fait vrasemblablement à main levée, avec celui qu'il a été possible de relever sur l'échantillon de la craie de Villedieu.
En 1873, Redtenbacher, dans son ouvrage sur les céphalopodes des cou- ches de Gosau, a soumis à une revision les échantillons examinés par M. F. von Hauer et a cru devoir y distinguer deux espèces, en raison des différences qui existeraient dans l’ornementation et dans le dessin des cloisons. Cependant si l’on compare, pour la structure des lobes, les figures données par Redten- bacher! avec celles de M. F. von Hauer, on ne trouve entre elles que des duffé- rences d'ordre tout à fait secondaire et qui ne paraissent pas suffisantes pour motiver une distinction spécifique.
Redtenbacher a conservé le nom d’Am. Haberfellneri pour des échantillons de Gams; il en fait figurer trois, dont l'un (pl. XXIIT, fig. 2°) est un jeune de
8
IMIRIMERNIC NATIONALE.
58 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
1 À millimètres de diamètre, assez peu caractérisé; l’autre (pl. XXII, fig. 2b) est en trop mauvais état pour qu'il soit possible d'en dire quelque chose. Le troi- sième (même planche, fig. 2°) est à peu près de même taille que l'échantillon de M. von Hauer (pl. IF, fig. 1), mais présente néanmoins des différences telles, qu'il nous parait difficile de le rapporter à la même espèce. La figure de M. von Hauer représente un échantillon de taille moyenne ayant 62 millimètres de diamètre total, un ombilic de 1 1 millimètres de diamètre et possédant environ 12 nodosités ombilicales et 23 tubercules externes, tandis que l'échantillon représenté par Redtenbacher, pour un diamètre total de 62 millimètres et une largeur d’ombilic de 8 millimètres, ne montre que à ou 6 nodosités ombi- licales et 24 tubercules externes. Or j'ai montré précédemment que les varia- tions qui se rattachent au type d’Am. Haberfellneri obéissent à cette règle : les échanüllons de forme renflée ont un ombilic proportionnellement plus large et un nombre beaucoup plus faible de nodosités ombilicales que les échantillons peu épais : si, à ce point de vue, la figure d'Am. Haberfellneri chez M. von Hauer répond bien à ce que l’on peut constater dans les échan- tons de France, il n’en est pas de même de celle de Redtenbacher et dès lors il ne me paraît guère possible de rattacher l'échantillon qu'il a figuré sous le nom d'Haberfelineri au type défini par M. F, von Hauer.
Par contre, les figures de Am. Päon et en particulier les figures 3° et 3? correspondent assez bien, comme dimensions de l’ombilic et comme ornemen- tation, au véritable type d'Am. Haberfellneri : Redtenbacher indique préci- sément dans le texte que pour lui les différences entre Am. Päon et Am: Haberfelineri, telles qu'il les comprend, consistent en ce que ce dernier n’a que 5 ou 6 nodosités ombulicales, tandis que l’autre espèce en a 9; que chez le premier le nombre des tubercules externes est de 18 ou 19, tandis qu'il est de 24 dans le second. Si l’on se reporte à la figure de M. von Hauer, pl. I, fig. 1, on constate, au contraire, comme je viens de l'indiquer, que le nombre des nodosités ombilicales y est bien plus élevé que dans l'individu figuré sous ce même nom par Redtenbacher, et que par contre l'accord est à peu près complet entre les figures d’Am. Päon, Redt., et Am. Haberfellneri, v: Hauer.
En 1872, MM: Fritsch et Schlônbach ont figuré avec doute sous le nom d’Ammonites Neptani, Geinitz (loc. cit.), un échantillon des rognons de sphérosi- dérite formant le niveau le plus élevé des Priesener-Schichten aux environs de Priesen, sur la rive droite de l’Eger. M. Fritsch fait remarquer dans le texte que cet échantillon doit yraisemblablement se rapporter à Am. dentato-carinatus,
ACANTHOCERATIDÉS. 59
Rômer, dont il a trouvé plusieurs échantillons dans le même gisement. Je con- sidère en effet que cet échantillon aussi bien que ceux figurés sous le nom d'Am. dentato-carinatus, doivent être en réalité rapportés à une même espèce, à celle de M. von Hauer. La figure 2, planche XVI, montre notamment d’une manière bien nette la même ornementation que les jeunes échantillons que j'ai fait représenter, et la figure 3 de cette même planche se nus ÉvI- demment à la variété renflée de la figure 6, planche IE.
En 1876, M. le docteur Schlüter a décrit sous le nom d’Am. alstadenensis une espèce des couches crétacées de Westphalie (Emscher-Mergel) qui doit également être réunie à l’espèce de M. von Hauer. C’est bien le même mode d’ornementation; cependant le savant professeur de l’université de Bonn n'in- dique qu'une nodosité ombilicale pour quatre dents du bord externe, tandis que dans les échantillons que j'ai examinés il n’y a jamais plus de trois dents externes pour un tubercule du bord de l’ombilic. M. le docteur Schlüter signale en outre que quelques côtes ont, vers la moitié de la hauteur des flancs, un petit tubercule qui est ensuite caché sous le recouvrement du tour suivant. C'est en effet une particularité que l’on retrouve sur un des échantillons de Villedieu ; d’ailleurs M. le docteur Schlüter, à qui M. Arnaud a communiqué quelques-uns de ses échantillons du Périgord, n’a pas hésité à les rapprocher de son espèce". [1 convient d’ailleurs d'ajouter que l'espèce de Westphalie est fondée sur l'examen d'un seul bon échantillon, et que je ne vois pas de différences sensibles entre cet exemplaire et celui de ma planche II, figure 4.
Plus récemment, en 1885, M. Fallot a, dans un important mémoire sur le terrain crétacé du sud-est de la France (Annales des sciences géologiques, t. XVIIL), figuré deux échantillons des grès verdâtres de Dieulefit sous le nom de Buchiceras Nardini, n. sp- (pl. IE, fig. 3 et 4). Je les regarde comme se rapportant à Am. Haberfellneri. L’échantilon jeune, figure 4, ne peut se séparer des jeunes d'Am. Haberfellneri (voir pl. I, fig. 4 et 5, pl. IL fig. 3), tandis que l'adulte, figure 3, correspond au stade de développement repré- senté par la figure 3 de ma planche I. Je possède du reste un exemplaire d'Aubas, près Montignac, qui est absolument identique, sauf une taille légè- rement supérieure, au moulage en plâtre de l'individu figuré par M. Fallot.
® Voici son appréciation : « Besonders interessant war mir den Am. petrocoriensis, Coq. kennen zu lernen. Derselbe hat die grôsste Aehnlichkeit mit meinem Am. alstadenensis aus dem Emscher- Mergel. Sobald von ihrem Exemplare der Nabel freigelegt sein wird, wird man wohl mit Sicher- heït entscheiden kônnen ob beide wirklich identisch oder nur verwandt sind. »
&
60 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Rapports et différences. — Les analogies de cette espèce avec Am. Kleuriausi d'Orb., de l'étage turonien, et Am. dentato-carinatus, Rômer, de la craie du Texas, sont si peu prononcées que je ne crois pas devoir insister sur les carac- ières distinctifs. H suffit de jeter un coup d'œil sur les figures de d'Orbigny et de Rômer pour se rendre compte qu'aucune confusion n'est possible.
Barroisia Haberfellneri jeune présente au contraire beaucoup d'analogie avec Am: Neptuni, Geimitz (Quadersandsteingebilde. PI. WE, fig. 3), dont M. le docteur Schlüter a donné (oc. cit.) une série de bonnes figures ; cette dernière espèce se distmgue par des côtes plus nombreuses et plus:serrées, leur point de bifurcation plus rapproché de lombilic, et surtout la forme de son bord ventral qui porte une quille dentelée très saillante, tandis que dans BP. Haber- felineri À y a seulement une carène ventrale dentelée. La section des tours, qui est rectangulaire dans Am. Neptuni, est trapézoïdale dans B. Haberfellnert.
Habitat. — Barroisia Haberfelineri est cantonné dans les couches des plus inférieures de l'étage sénonien.
Dans le sud-ouest de la France, 1l caractérise la partie mférieure du sous- étage coniacien, l’assise K de M. Arnaud. I est surtout abondant dans le Périgord, dans les marnes grises glauconieuses qui constituent la base de cet étage à Gourd-del’Arche près Périgueux, à Aubas près Montignac, à Paulin, à Sani-Girq, à Sainte-Nathalène, etc.;: malheureusement, en raison de la pature de la roche, 1l y est très rarement en bon état de conservation.
Dans le bassin de la Touraine, il a été trouvé par l'abbé Bourgeois et M. Le Mesle, dans les carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et- Cher), dans les calcaires durs, spathiques ou gréseux qui constituent la base de la craie de Villedieu.
Il a été cité dans les grès de Dieulefit par Schlünbach, et plus récem- ment sous le nom de Buchiceras Nardini par M. Fallot (oc. cit.); M. Carez l'a signalé sous le nom d’Am. alstadenensis des grès siliceux des environs de ? jose (Bull. Soc. géol. de France, 3° série, XI, p- 363).
I se trouve dans les couches crétacées des Alpes orientales, dites couches de Gosau.
En Westphalie, il existe dans l'étage de l’Emscher-Mergel.
En Bohème, 1 habite la partie supérieure des Puesener-Schichten.
Echantillons examinés. — Plus de cent échantillons de la craie du Péri-
ACANTHOCERATIDÉS. 6i
gord : collections Arnaud, Boreau-Lajanadie, Desmond, Mouret, À. de Gros- souvre. 3
Trois échantillons de la craie de Touraine : collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy (Loir-et-Cher) et collection Le Mesle.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche I.
Fig. 1°. — Individu (collection Arnaud) bien conforme au type de l'espèce, vu de côté, montrant le stade moyen de développement ; les côtes ombilicales, encore visibles au commencement du dernier tour, se transforment, vers l'extré- mité de celui-ci, en tubercules allongés. i
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Les Eyzies (Dordogne).
Fig. 1. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la carène dentelée et les varia- tions de forme du bord externe, d’abord terminé en biseau obtus et deve- nant méplat à l'extrémité du dernier tour.
F1G. 2%. — Individu (collection Arnaud) de la plus grande taille connue, vu de côté, montrant la disparition des tubercules ombilicaux et ventraux sur le der- nier tour.
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fig. 2. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la forme du bord externe.
Fig. 3°. — Individu (collection Arnaud) un peu plus renflé que le type.
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fig. 3). — Le même, vu du côté ventral : le bord externe, légèrement convexe à la partie inférieure du profil, est devenu assez fortement concave à la partie supé- rieure, en raison de la saillie des tubercules ventraux. é
Fig. 4°. — Individu jeune (collection À. de Grossouvre), vu de côté pour montrer l'or- nementation des flancs à la taille immédiatement inférieure à celle de l'individu représenté par la figure 1. :
Calcaires marneux glauconieux de la partie inférieure de l'étage conia- cien : assise K de M. Arnaud. ,, Aubas, près Montignac (Dordogne).
Fic. 4°. — Le même. vu du côté ventral.
Fiç. 5°. — Individu jeune (collection le Mesle), appartenant à une variété un peu plus renflée que le type. L’ombilic est proportionnellement plus large et les côtes, plus épaisses, sont moins nombreuses.
Craie de Villedieu, partie inférieure : calcaires durs à texture gréseuse et à bryozoaires, exploités à la Ribochère près Couture (Loir-et-Cher). Fi. 5°. — Le même, vu du côté ventral.
62 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Planche II.
F16. 1°. — Individu (collection Arnaud) intermédiaire entre le type et la variété Des- moulinsi, de taille moyenne, vu de côté : on voit que les tubercules et les côtes sont moins nombreux et que l’ornementation est beaucoup plus vi- goureuse. Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fic. 1. — Le même, vu du côté ventral.
Fig. 2. — Individu de taille moyenne (collection Arnaud), type de la variété Harléi, vu de côté pour montrer l'absence complète d’ornementation sur les flancs, où persistent seulement sur le bord externe des tubercules très atténués.
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fig. 2. — Le même, vu du côté ventral; les tubercules de la carène médiane ont à peu près complètement disparu et la carène est devenue sensiblement lisse et continue; on voit aussi que le bord externe se déprime avec l'âge.
F1G. 3. — Individu de petite taille (collection Le Mesle); moule interne en très bon état de conservation, montrant les petits tubercules qui existent à l'extré- mité des côtes ombilicales.
Craie de Villedieu : partie inférieure. Calcaires durs à texture gréseuse et à bryozoaires, exploités à la Ribochère près Couture (Loir-et-Cher).
Fig. 4°. — Échantillon d'assez grande taille (collection Arnaud) de la variété alstadenen- sis, bien conforme au type figuré par M. Schlüter (Cephal. d. ob. deut- schen Kreide, pl. XL, fig. 13 à 16); les côtes visibles au commencement du dernier tour disparaissent à l'extrémité.
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fire. 4. — Le même, vu du côté ventral; les tubercules de la carène ventrale sont vi- sibles sur le dernier tour.
Fic. 5. — Échantillon type d'Am. petrocoriensis, Coq. (collection de l'École des Mines) ; il est déformé par compression et montre à l'extrémité du dernier tour, comme accident pathologique, un tubercule isolé à l’intérieur de la rangée des tubercules du bord externe.
Montignac (Dordogne).
Fic. 6. — Échantillon (collection Arnaud) type de la variété Desmouslinsi, vu de côté, remarquable par son épaisseur et la vigueur de son ornementation. Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).
ACANTHOCERATIDES. 63
Fic. 62. — Le même, vu du côté ventral : les tubercules de la carène ventrale ont dis- paru en raison du mauvais état de conservation de l'échantillon.
Fic. 7°. — Individu jeune (collection Arnaud), d’une variété intermédiaire entre la var. alstadenensis et la var. Harléi, vu de côté, sur lequel les côtes ont déjà dis- paru à l'extrémité du dernier tour.
Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fic. 7, — Le même, vu du côté ventral. Fig. 8°. — Individu jeune (collection Arnaud), appartenant à la var. Harléi, montrant l'absence de toute ornementation dès cette taille. Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).
Fic. 8. — Le même, vu du côté ventral.
BARROISIA NICKLÉSI. A. DE GRoSSOUVRE, n. sp. (PL UT, fs 2.)
Cette espèce rappelle tout à fait par sa forme la précédente : les échantil- lons que j'en ai sous les yeux sont malheureusement insuffisants pour étudier l'espèce à ses divers degrés de développement.
Toutefois ils montrent bien nettement que cette forme ne peut être assi- milée à une variété de B. Haberfellneri, car, tout en présentant le même aspect et le même mode d'ornementation, elle en diffère par ce caractère qu'elle a l’ombilic proportionnellement beaucoup plus large, les tours moins épais et une ornementation relativement peu accentuée. Si nous avions seule- ment affaire à une variété de B. Haberfellneri, formant un terme de la série précédemment définie, cette forme, avec la largeur relativement grande de son ombilic, devrait être beaucoup plus renflée et ornée de côtes et de tuber- cules plus accentués. Elle se distingue encore de B. Haberfellneri par son bord ventral beaucoup plus déprimé, possédant une carène plus obtuse non tuber-
culée. Cloisons. —— Inconnues. Gisement. — Cette espèce habite un niveau supérieur à celui où est
cantonné B. Haberfellneri, dont elle constitue ainsi une mutation : elle a été recueillie dans les calcaires blancs, compacts, pétris de nombreux bryo-
rt
64 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
zoaires qui recouvrent dans la Charente les grès de la partie inférieure du coniacien et qui constituent les couches groupées par M. Arnaud sous la lettre L!.
Les échantillons examinés proviennent l'un de Toutyfaut, près Angoulème, l'autre de la Quina, près Lavalette (Charente).
EXPLICATION DES FIGURES.
Planche III.
Fig. 2. — Individu, type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen : assise L! de M. Arnaud.
Toutyfaut, près Angoulême (Charente).
Fig. 22. — Le même, vu du côté ventral.
BARROISIA SEQUENS. A. DE GROsSOUVRE, n. sp.
(PI. IT, fig. 1.)
Cette coquille a la même forme générale que l'espèce précédente, mais son ornementation est bien différente : elle se compose de côtes larges, peu élevées, peu distinctes, assez serrées, se terminant vers le pourtour externe par un petit tubercule transverse; quelquefois entre deux côtes principales, il s'intercale une côte secondaire qui n’est visible que sur la moitié externe des
flancs. Cloisons. — Inconnues. Gisement. — Elle se trouve avec l'espèce précédente dans les calcaires
blancs, compacts, à bryozoaires, assise L! de M. Arnaud.
Échantillon examiné : un seul de Toutyfaut, près Angoulème.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche III.
Fic. 1. — Individu, type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen : assise L! de M. Arnaud. Toutyfaut, près Angoulême (Charente).
ACANTHOCERATIDES. 65
BARROISIA BOISSELLIERI. A. DE GROSSOUVRE, n. sp
(PI. IE, fig. 3.)
Ammonite discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours beaucoup plus hauts que larges, recouverts sur la moitié de leur hauteur.
Ombilic moyen, peu profond, à paroi verticale séparée des flancs par un pourtour anguleux.
Flancs médiocrement convexes.
Section des tours subovalaire ayant sa plus grande largeur vers le milieu de la hauteur.
Bord externe très déprimé, tronqué presque carrément, orné en son milieu d’une quille peu saillante.
Les flancs sont ornés de côtes simples, légèrement flexueuses, étroites, un peu élevées, séparées par d’assez grands intervalles et terminées sur le bord
externe par un tubercule transverse très peu saïllant en dehors.
Cloisons. — Peu visibles sur l'échantillon examiné, mais paraissant bien se rapporter au type des cloisons de Barroisia.
Observations. — Gette espèce se distingue facilement par ses côtes étroites flexueuses, espacées, ornées seulement d’un tubercule externe.
Habitat. — Etage comiacien moyen.
Échantillon examiné. — Un seul (collection Arnaud) provenant des calcaires blancs grenus de la Quina; assise L! de M. Arnaud.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche III.
Fig. 3°. — Individu (collection Arnaud) type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen ; assise L1 de M. Arnaud. La Quina, près Lavalette (Charente). Fic. 3°. — Le même, vu du côté ventral.
9
IMPAIMERIE NATIONALE.
66 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
RÉSUME.
Les Barroisia sont caractéristiques de l'étage coniacien; néanmoins ils pa- raissent cantonnés de préférence dans les couches inférieures et moyennes de cet étage, et jenen cOnNaIs pas d'échantillons provenant des couches les plus supérieures situées Immédiatement sous l'étage santonien.
La répartition géographique de ce genre est assez étendue en Europe, car nous le voyons représenté dans la craie de Bohème, de Westphalie, de la Touraine, de l’Aquitaine, du bassm de Dieulefit et des Alpes orientales. J'ai recueilli dans les Corbières, dans les couches à Micraster brevis des environs de Rennes-les-Bans, un fragment d’ammonite appartenant à ce genre, mais ne rentrant dans aucune des espèces précédemment défimies.
En Afrique, ce genre parait représenté par Schlünbachia tunetana, Péron, forme qui me semble devoir être rattachée à ce groupe et non aux Schlôn- bachia.
Je ne connais pas de formes analogues de l'Inde n1 de l'Amérique.
Genre MORTONICERAS. Mer.
Ce genre a été établi par Meek (1876, in Hayden, Ann. rep. of the U.S. geol. surv. of the territories) en prenant pour type Ammonites vespertinus, Morton. Or, Gabb qui a comparé des spécimens d'Am. texanus, Rômer, de la mème localité que l'original de Morton, dit que les deux espèces sont absolument identiques en tout, la figure de Morton étant très défectueuse. Je prends donc, comme type du genre Mortoniceras, Ammonites texanus de Rômer.
Ce groupe renferme des espèces que Neumayr avait rattachées à son genre Schlônbachia : ce sont en général des coquilles dont la section des tours est plus élevée que large, de forme subquadrangulaire, à bord externe large et orné sur la ligne siphonale d’une petite quille arrondie très peu saillante.
La cloison ressemble par certains traits à celle des Acanthoceras, sauf que le premier lobe latéral est arrondi à son extrémité et terminé par des digitations ayant toutes à peu près la même valeur, de sorte que l’on n’y distingue pas, ou tout au moins très peu nettement, la fourche terminale caractéristique des Acanthoceras et des Stoliczhaia. La ligne suturale très réduite ne comprend en dehors du lobe siphonal que deux lobes latéraux: Les extrémités des lobes
ACANTHOCERATIDÉS. 67
forment une ligne droite normale à l'enroulement, c’est-à-dire que, déroulée sur un plan, la cloison est limitée supérieurement par une droite perpendi- culaire à son axe.
Les échantillons de Mortoniceras texanum que j'ai examinés ne m'ont pas montré les cloisons en assez bon état pour permettre d’en prendre le dessin : J'ai pu m'assurer cependant qu’elles présentent une analogie complète avec celles des autres Mortoniceras, et en particulier celles de M. Bourgeoïst, dont je donne ci-dessous le dessin.
Mortoniceras Bourgeoisi (gros. — 4), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XIV, fig. 5.
MORTONICERAS ZEILLERI. A. DE GROSSOUVRE, n. sp. (PI. XIV, fig. 2.)
1867. Ammonites texanus. Schlüter, Jüngsten Armmoneen Norddeutschlands, p. parte, p. 32, pl. VI, fig. 1°, 1° (non fig.-3).
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours peu embrassants, à section ovalaire un peu rétrécie sur le bord externe.
Ombüic assez grand, se raccordant graduellement avec les flancs par un pourtour arrondi.
Les flancs sont ornés de côtes élevées, arrondies, assez espacées, droites, radiales et interrompues sur le bord externe, dont le milieu est occupé par une quille arrondie très peu saïllante.
Les côtes portent quatre tubercules ou nodosités : la première, consistant seulement en une lésère surélévation de la côte, est située d’abord au voi- sinage immédiat de lombilic sur les premiers tours, puis s'en écarte peu à peu sur les tours suivants et arrive finalement à peu près vers le quart de la
9.
68 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
hauteur des flancs : la seconde, de forme arrondie, est située vers les deux tiers de la hauteur, et les deux dernières constituent deux tubercules très rappro- chés, transverses et saillants, placés sur le bord externe. Entre le deuxième et le troisième tubercule, les côtes se bifurquent souvent en deux costules séparées par une légère dépression en forme de gouttière. Entre le troisième et le quatrième tubercule, les côtes sont très effacées. Les tubercules de la rangée externe sont assez aliongés dans le sens de l’enroulement et séparés par des intervalles à peu près égaux à leur longueur; souvent la quille médiane
se surélève un peu vis-à-vis d'eux et prend un aspect ondulé. Cloisons. — Se rapportent au type défini précédemment.
Rapports et différences. — Cette espèce diffère de Mortoniceras texanum parce que ses côtes ne portent que quatre tubercules au lieu de cmq. Elle se distingue de Mortoniceras Bourgeoisi par trois tubercules à l'extrémité des côtes au lieu de deux, et de M. serralo-marginatum, parce que le troisième tubercule est plus rapproché du quatrième que du deuxième, tandis que c’est l'inverse dans cette dernière espèce.
L'échantilon des marnes de Hernes (Westphalie), étage de l’Emscher- Mergel, figuré en 1867 par M. le docteur Schlüter sous le nom de Am. texanus (non À. texanus, Rômer), me parait appartenir bien nettement à cette
espèce.
Gisement. — En Westphalie, dans l'étage de l’Emscher-Mergel; en France, dans les calcaires qui forment la base de la craie de Villedieu.
Échantillon examiné. — Un seul (collection de la Sorbonne), provenant des calcaires durs exploités dans les carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XIV.
F1G. 1°. — Individu (collection de la Sorbonne) vu de côté, montrant des côtes droites, radiales, surélevées au voisinage de l’ombilic et portant trois tubercules à leur extrémité externe; mais la distance entre le premier tubercule du côté interne et le second est beaucoup plus grande que celle de celui-ci au dernier, caractère qui distingue cette espèce de M. serrato-marginatum.
ACANTHOCERATIDES: 69
Calcaires de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochere, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fic. L?, — Le même, vu du côté ventral.
MORTONICERAS SERRATO-MARGINATUM. Reprensacuer, sp. (PI. XVI, fig. 1.)
1872. Ammonites texanus. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 41; pl. XI, fig. 1 à 3. ;
1873. Ammonites serrato-marginatus. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosau- schichten, Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. V, p. 110; pl. XXV, fig. 2.
1876. Ammonites Emscheris. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 115: pl. XLIT, fig. 8 à 10.
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours peu embrassants, croissant assez lentement, à sec- üon subquadrangulaire, à flancs peu convexes.
Ombulic large, peu nettement séparé des flancs avec lesquels 1l se raccorde par un pourtour arrondi. |
Les flancs sont ornés de côtes le plus souvent simples, larges et élevées, sé- parées par des intervalles bien supérieurs à leur largeur, légèrement infléchies en avant, élevées ou subtuberculées autour de l'ombilic, encore un peu sur- élevées vers le tiers de la hauteur et terminées extérieurement par une double rangée de tubercules très rapprochés, au delà desquels elles se continuent par une ondulation peu marquée, un peu plus imfléchie en avant que la côte pro- prement dite et finissant à un tubercule transverse, allongé et très saillant. Sur le milieu du bord externe s'élève une petite quille lisse, arrondie, mais dont la saillie est bien inférieure à celle de la rangée latérale de tubercules : en face de ceux-ci, la quille est d'ordinaire un peu surélevée.
Dans les échantillons jeunes, les côtes sont un peu plus flexueuses et in- égales : parfois elles partent par paires d’un tubercule ombilical.
Les trois tubercules externes sont transverses et vont en croissant très ra- pidement de longueur du plus interne à l'externe : les deux premiers du côté interne très rapprochés, presque confondus par leur base, constituent en quelque sorte un gros tubercule bifide. Les tubercules de la rangée la plus externe, nettement distincts des deux précédents, sont très allongés dans le sens de l’enroulement et sont séparés les uns des autres par des intervalles
70 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
inférieurs à leur longueur. [ls font fortement saillie et encadrent le contour externe, qui semble concave.
Cloisons. — Les cloisons de cette espèce ressemblent à celles des divers autres Morloniceras. La ligne de suture est très simple et se compose seule- ment, en dehors du lobe ventral, de deux lobes latéraux. Le premier lobe latéral est à peine plus long que le lobe ventral; le second lobe latéral est moitié plus court. Les lobes sont beaucoup plus étroits que les selles et ter- minés par des digitations. Les selles, assez larges, sont subdivisées en deux parties sensiblement égales par un lobule accessoire très développé dans la première selle latérale.
Fig. 31.
mm = = nn
Mortoniceras serrato-marginatum (gros. = 2), d'après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XVI, fig. 1.
L'ensemble de la ligne suturale est limité à sa partie supérieure par une ligne droite normale à l’enroulement.
Observations. — Cette espèce doit avoir été comprise par d'Orbigny, en 1850, parmi les formes qu'il a rattachées à un: même type spécifique désigné par lui sous le nom d'Ammonites Bourgeoisi (Prodrome de paléontologie stra- ligraphique, t. IE, terrains crétacés, 22° étage sénonien, n° 16, p. 212). Il le caractérise ainsi : « Belle espèce, voisine de l'A. varians, mais pourvue de côtes simples, ornées chacune, près du dos, de trois ou quatre tubercules externes ; une carène munie de sillons latéraux. » Cette courte diagnose est in- suffisante pour préciser le type spécifique, et le nom de d'Orbigny, bien qu'il
ACANTHOCERATIDÉS. 71
ait été appliqué en général par tous les géologues français à l'espèce dont je viens de m'occuper, ne peut être conservé pour elle. Il est vrai que postérieu- rement M. Arnaud a fait dessiner un magnifique échantillon de cette espèce provenant de la Charente-Inférieure, mais la planche ne porte pas de date de publication et ne peut servir pour mamtenir la priorité du nom de d'Orbigny.
Dans son premier ouvrage (1867) sur les céphalopodes de la craie supé-
5 rieure de Westphalie et dans les prenuères livraisons de sa belle monogra- phie (1872), M. le docteur Schlüter a décrit sous le nom d’Ammoniles texanus une série de formes qui doivent vraisemblablement correspondre à celles que d'Orbigny avait en vue sous le nom d’Am. Bourgeoisi. En 1876, ayant reconnu la confusion qu'il avait commise, 11 sépara, sous le nom d’Am. Emscheris, une forme de l’'Emscher-Mergel de Westphalie, dont il précisa les caractères spé- ciaux dans les figures 8 à 10 de la planche XLIT; à cette même espèce se rapporte incontestablement l'échantillon figuré d’abord sous le nom d’Am. lexanus, pl. XIF, fig. 1 à 3, mais les échantillons décrits sous ce même nom dans le mémoire de 1 867 doivent être distingués comme appartenant à d’autres types spécifiques.
Pendant ce temps, Redtenbacher avait décrit en 1873, sous le nom d’Am- monites serrato-marginalus des échantillons provenant de Glaneck, près Salz- bourg, d’un escarpement marneux situé au pied de l’Untersberg; ces échan- üHons me paraissent représenter de jeune de l'espèce dont je m'occupe. Si l'on compare, 1l est vrai, les figures de Redtenbacher avec les miennes, on y re- marquera bien quelques différences. Sur les individus de Glaneck, le premier tubercule interne est situé immédiatement sur le bord de lombiic, tandis que sur l'échantillon de Villedieu il en est à une certaine distance. C'est là, en réalité, une différence qui est uniquement en rapport avec l’âge, et on peut voir sur la figure de la planche XVI que si, sur le dernier tour, le pre- mier tubereule est à une certaine distance de l’ombilic, il s'en rapproche de plus en plus sur le tour précédent et qu'il est tout contre l’ombilic au com- mencement de celui-ci. J’ajouterai que j'ai recueilli dans les couches M! de la Charente des individus de la taille de ceux de Glaneck, qui leur sont com- plètement identiques, et comme M. Arnaud possède de ces mêmes. couches un exemplaire de même taille que celui de Villedieu et absolument sem- blable, je crois qu'on ne doit pas hésiter à considérer les échantillons figurés sous le nom. d’Am. serrato-marginatus comme les jeunes de l'espèce de West- phalie définie par des formes adultes. Le nom d’Am. serrato-marginatus ayant
0
72 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
la priorité doit donc être conservé et celui d’'Am. Emscheris passer en syno- nymie.
Rapports et différences. — Cette espèce est facile à distinguer de Mortoni- ceras texanum, dont les côtes portent cinq rangées de tubercules nettement individualisés, et de A. Bourgeoisi, qui ne possède que deux tubercules à l'extrémité de ses côtes. Elle offre plus d’analogies avec M. Zailleri en raison des trois tubercules externes que présente cette espèce, mais la disposition n'est pas la même des deux côtés : chez M. Zeilleri, l'intervalle (en partant du côté interne) entre le premier et le. second tubercule externe est beaucoup plus grand que dans M. serrato-marginatum, chez lequel ces deux tubercules sont très rapprochés et se touchent presque.
(risement.
M. serrato-marginatum habite les couches supérieures de l'étage coniacien et la base de l'étage santonien.
En Touraine, on le trouve dans la partie moyenne de la craie de Villedieu, dans les bancs à Ostrea auricularis immédiatement supérieurs aux calcaires durs spathiques de la base.
Dans l’Aquitaine, il a été recueilli dans les couches supérieures de l'étage coniacien, assise Li de M. Arnaud, et dans les couches inférieures de l'étage santonien, assise M! de M. Arnaud : dans ce dernier gisement, il est accom- pagné de Placenticeras syrtale et Mortoniceras texanum.
Dans les Corbières, MM. Péron, Toucas et J! Jean ont constaté sa pré- sence dans les marnes à Micraster brevis, qui forment partout un horizon facile à distinguer.
I a été aussi recueilli en Provence dans les marnes à mucrasters du Beausset. :
Dans les Alpes orientales, il existe dans les couches dites couches de Gosau, aux environs de Salzbourg.
En Westphalie, M. le docteur Schlüter a fait connaitre son existence dans les marnes de l’'Emscher-Merpgel.
Dans la région subhercynienne, M. G. Müller a signalé sa présence sous le nom d’Am. Emscheris dans les marnes à nodules de phosphorite, exploitées aux environs de Zilly sur le revers septentrional du Hartz, niveau qu'il rat- tache à l'étage de l'Emscher. (Jahrbuch der k. p. geol. Landesanstalt und Berg- akademie, 1887, p. 372.)
ACANTHOCERATIDÉS. 73
Échantillons examinés. — Echantillons de la craie de Touraine (collections de la Sorbonne, de l'École des mines, À. de Grossouvre).
Échantillons de la Charente et de la Dordogne (collections Arnaud et A. de Grossouvre).
Échantillons des Corbières (collections J' Jean, Péron et Toucas).
Échantillon du Beausset (collection de l'École des mines) provenant de l'ancienne collection Coste (de Marseille).
.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XVI.
.
Fi. 1°. — Individu (collection À. de Grossouvre) vu de côté, pour montrer l’ornementa- tion des flancs composée de côtes légèrement flexueuses, un peu obliques en avant, terminées par trois tubercules dont les deux premiers, assez rap- prochés, semblent souvent réunis en un tubercule unique bifide.
Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Ville- dieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fic. 12. — Le même, vu du côté ventral.
MORTONICERAS BOURGEOISI. D'OnrsrGny, sp. emend. A. DE GROSSOUVRE.
(PI. XII, fig. 2; pl. XIV, fig. 2 à 5.)
1872. Ammonites texanus. Fritsch und Schlônbach, Cephalopoden der bôühmischen Kreide, p. 28; pl. VI, fig. 5. 2
Cette espèce est très voisine de la précédente ; elle s’en distingue par ce caractère que les côtes ont, sur le bord externe, seulement deux rangées de tubercules au lieu de trois. Comme dans la série des échantillons, apparte- nant à ces formes, que j'ai eu l’occasion d'examiner, je n’en ai pas observé montrant le passage entre les deux types, je crois devoir maintenir entre -eux une distinction spécifique.
Si l'étude de nouveaux matériaux permet un jour d'établir leur réunion, l'espèce dont je vais m'occuper pourra être considérée comme une variation de la précédente et désignée sous le nom de M. serrato-marginatum, var. Bourgeois.
L'examen d'échantillons de petite taille me permet de préciser les divers stades d’ornementation. RS
10
IMPRIMERIE NATIONALE.
74 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
La coquille, vers le diamètre d'un centimètre, est à peu près complète- ment lisse ; puis vers cette taille commencent à se montrer des côtes un peu fortes, au nombre de huit environ par tour, entre lesquelles apparaissent plus tard des côtes un peu plus faibles, Toutes ces côtes sont flexueuses, presque falcuhiformes et s'infléchissent fortement en avant lorsqu'elles arrivent sur le pourtour externe. Elles sont le plus souvent imégales comme force et comme longueur : les unes commencent sur le bord mème de lombihic par une parte subtuberculée, tandis que les autres, intercalées entre celles-ci, prennent naissance à une petite distance de lombilic, sont d'abord peu apparentes et deviennent de mème valeur que les premières seulement sur la région externe des flancs. Toutes ces côtes croissent régulièrement en largeur de Pombihc vers le bord externe ; au point où elles se coudent brusquement en avant, au voismage du bord externe, elles portent d'ordinaire un petit tubercuie, mais
ce dernier n'existe régulièrement sur toutes les côtes qu'à partir d’un certam diamètre.
Les côtes, très élargies, se terminent brusquement à une certame distance de la quille médiane par des tubercules transverses très nets, au delà des- quels on voit une ondulation très affaiblie présentant une forte imflexion en avant qui disparait un peu plus loin, avant la quille médiane.
Au fur et à mesure que la coquille s’accroit, les différences entre les di- verses côtes deviennent moins accentuées ; néanmoins on remarque encore bien des écarts dans leur ornementation : tantôt, près de l’ombilic, la côte est surélevée en un tubercule presque conique, tantôt en un tubercule allongé plus ou moins prononcé.
Sur les échantillons de plus grande taille, la côte est surélevée et pincée dans la région ombilicale jusque vers le premier tiers de la hauteur des flancs ; à partir de là, elle s’atténue très notablement jusqu’à la première rangée de tuberculés externes. !
Même sur les échantillons de grande taille, comme celui de la planche XIIF, figure 2, on observe encore des inégalités entre les diverses côtes.
Sur les individus de formes plus épaisses, l’ornementation est plus vi reuse et les tubercules ombilicaux sont plus accentués.
gou-
Cloisons. — Les cloisons sont à peu près semblables à celles du M. serralo- marginatum, comme le montre la fisure ci-dessous, et comme on peut le voir sur l'échantillon de la figure 2° de la planche XIII.
ACANTHOCERATIDÉS. 75
Fig. 32.
ni 7Ÿ |
Mortoniceras Bourgeoist (gros. — 4), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu
représenté pl. XIV, fig. 5.
Rapports et différences. — J'ai indiqué précédemment comment cette espèce se distingue de M. serrato-marginalum; j'ajouterai que ses côtes sont plus obliques en avant que celles de cette dernière. ge, une assez grande analogie avec les jeunes
5 de Prionotropis Woolgari figurés par d'Orbigny sous le nom d'Ammonites Caro-
Elle présente, dans le jeune à
Tinus: mais dans ces derniers, les tours sont un peu plus convexes, aussi bien sur les flancs que sur le bord externe; les côtes sont un peu plus espacées et moins nombreuses; les tubercules sont plus saïllants et plus réguliers, mais le caractère distinctif le plus net est donné par la forme du bord externe, sur lequel on rencontre chez Morloniceras Bourgeois seulement une quille arrondie peu élevée, tandis que dans Prionotropis Woolgari il porte une série de tubercules fortement saillants. Ce caractère suffit pour distinguer au pre- mier coup d'œil les deux types malgré leur grande analogie ; il sert également à séparer les formes adultes renflées de M. Bourgeoisi des individus de même taille appartenant à Prionotropis Woolgari, avec lesquels ils ont une grande similitude.
Observations. — Cette forme rentre dans l'ensemble de celles que d'Orbigny a groupées sous le nom d’Am. Bourgeoïst et je crois devoir lui conserver ce nom en l’appliquant spécialement au type que je viens de préciser.
Habitat. — Elle appartient aux couches les plus élevées de l'étage conia- cien. En Touraine, elle se trouve avec Mortoniceras serrato-marginatum dans les couches moyennes de la craie de Villedieu, où elle est un peu moins rare que ce dernier. Dans les Corbières, elle habite aussi avec lui dans l’assise à
Micraster brevis.
10.
76
LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Échantillons examinés. — Échantillons de la craie de Villedieu, de la Ribo- chère, commune de Couture (Loir-et-Cher); de Langeais, Chenonceaux, etc. (Indre-et-Loire); [collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy; collections Le Mesle, Péron, A. de Grossouvre, École des mines, Sorbonne |.
Échantillons des Corbières (collections J' Jean, Péron, Savin et Toucas).
Fr.
Frc.
Fi. Fr.
Fire.
Fc. Frc.
| Fic.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XIII.
2. — Superbe individu (collection Le Mesle) vu de côté : on voit qu'il n'existe à l'extrémité des côtes que deux tubercules, caractère qui distingue cette espèce de M. serrato-marginatum.
Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Planclie XIV.
22, —_ Individu (collection Le Mesle) vu de côté. Couche à Ostrea auricularis dela partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
2b. — Section du dernier tour du précédent.
2°. — Partie centrale du précédent, après enlèvement d'une portion du dernier tour, de manière à montrer l'ornementation du jeune qui consiste en côtes de force inégale, légèrement flexueuses.
3°. — Individu (collection Le Mesle) vu de côté, à ombilic un peu plus grand que le précédent. | Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
3P. — Le même, vu du côté ventral.
h. — Individu (collection Le Mesle) de petite taille, à ombilic un peu plus large que celui de la figure 2°, et montrant une ornementation un peu plus accentuée. :
Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune dé Couture (Loir-et-Cher).
5. — Individu (collection A. de Grossouvre) de taille moyenne, à ombilic relative- ment large et à ornementation plus accentuée. Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
ACANTHOCERATIDÉS. 77
MORTONICERAS BONTANTI. A. pe GROSSOUVRE, 2. sp.
(PI. XVII, fig. 2 et 3.)
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours médiocrement embrassants, croissant assez rapide- ment, à flancs peu convexes, à bord externe coupé carrément, présentant en gées de tubercules latéraux allongés dans le sens de l'enroulement, un peu plus
son milieu une quille arrondie très peu saïllante, encadrée entre deux ran
saillants que la quille médiane.
Ombilic moyen, à paroi verticale raccordée avec les flancs par un pourtour arrondi un peu pincé.
Sur le bord de l’ombilic se trouve une série de tubercules allongés et pincés, au nombre de seize par tour, faisant un peu saillie à son intérieur. De ces tubercules partent deux côtes larges, arrondies, peu élevées, un peu obliques en avant, un peu flexueuses et falculiformes, se terminant sur le bord externe par un tubercule transverse; en avant de ce tubercule, elles sont faiblement surélevées, ce qui donne naissance à une seconde rangée de tubercules.
Les tubercules de la rangée externe, séparés par des intervalles égaux à leur longueur, sont au nombre de trente-deux par tour; ils forment, de chaque côté du contour externe, deux crêtes régulièrement dentelées, qui constituent, avec la quille médiane, deux larges dépressions.
L'individu représenté par la figure 3 de la planche XVI offre un stade plus avancé. Vers l'extrémité du dernier tour, dans la partie correspondant à la chambre d'habitation, les côtes présentent une rangée supplémentaire de tubercules situés à une petite distance de l'ombulic. De plus, sur la dernière moitié de ce tour, les tubercules de la troisième rangée sont plus nets, plus pincés et plus saillants.
Cloisons. — Le dessin des cloisons de cette espèce ressemble complètement à ceux des autres espèces de ce genre, comme le montre la figure 33.
Rapports et différences. — Cette espèce est assez voisine, comme ornemen- tation, d’Ammonites Neptuni, Gen. Elle s’en distingue par les tubercules om- bilicaux plus saillants, desquels partent toujours deux côtes, tandis que chez
78 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
ce dernier ils ne donnent d'ordinaire naissance qu'à une seule. La différence la plus nette et la plus frappante réside dans le bord externe, qui chez Am. Neptani porte une quille fortement sallante et dentelée, tandis que dans l'autre cette quille est arrondie et peu élevée.
_— RL qu | à
2 2
Ÿ ou
Mortoniceras Bontanti (gros. — 3), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XVIL, fig. 3.
(S
Il existe aussi, au point de vue de l’ornementation, quelques analogies entre Mortoniceras Bontanti, Barroisia Haberfellneri et Prionotropis Fleuriaus; mais 1l suffit de jeter un coup d'œil sur les figures qui représentent ces di- verses espèces pour saisir les différences qui les séparent.
Cette espèce ressemble beaucoup à M. Bourgeoisi et en diffère princrpale- ment par un ombilic plus étroit, circonstance qui amène toujours des varia- üons correspondantes dans l’ornementation et dans la forme des tours : il est donc fort possible que lon ne doive voir dans cette espèce qu'une variation de M. Bourgeoisi, mais l'absence de formes intermédiaires entre les deux types ne permet pas d'affirmer leur identité spécifique.
Gisement. — Cette espèce habite le niveau moyen de la craie de Villedieu, avec Mortoniceras serrato-marginatum, M. Bourgeois, etc. ().
Echantillons examinés. — Deux échantillons (collection de l'abbé Bourgeois, à l'École de Pontlevoy, collection À. de Grossouvre) provenant des marnes à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu.
_ (1) Pendant l'impression de ce mémoire, M. H. Parent m'a communiqué un échantillon de M. Bontanti provenant de la craïe à Inoceramus involutus des environs de Saint-Omer.
ACANTHOCERATIDES. 79
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XVIE.
Fi. 2. — Individu, type de l'espèce (collection A. de Grossouvre), vu de côté.
Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fic. 3°. — Individu (collection de l'abbé Bourgeois) vu de côté, à ombilie plus large que le précédent et à évolution plus rapide, car il montre, à l'extrémité du dernier tour, sa dernière loge et un mode d'ornementation différent de celui des premiers tours.
Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fig. 3. — Le même, vu du côté ventral.
MORTONICERAS DESMONDI. A.'pE GROSSOUVRE, n. sp.
1867. Ammonites texanus. Schlüter, Jüngslen Ammoncen Norddeutschlands, p. parte, p. 32;
pl. VI, fig. 3 (non fig. 1).
Coquille discoidale, à tours peu embrassants, à large ombilic.
Section des tours ovalaire, un peu plus haute que large, ayant sa plus grande épaisseur au tiers inférieur de la hauteur.
Bord ventral convexe portant une petite quille arrondie peu saillante.
Côtes droites, étroites, élevées, assez éloignées les unes des autres, ornées de quatre rangées de tubercules. La première est placée au premier üers de la hauteur des flancs, la deuxième au second tiers, et les deux dernières, sur le pourtour externe, sont très rapprochées et forment presque un tubercule bifide. Ces deux derniers tubercules sont à peu près arrondis comme les autres et non largement transverses comme dans la plupart des espèces de ce groupe.
Ces divers caractères permettent donc de la distinguer facilement des autres Mortoniceras.
Gisement. — Calcaire gréseux à la limite du comacien et du santomien. Les Bobinettes, près Aubas, localité située au voisinage de Montignac (Dordogne).
Echantillon examiné. — Un fragment de tour (collection Desmond) tout
80 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
à fait semblable à celui qui a été figuré par M. le docteur Schlüter, mais de
plus grande taille.
MORTONICERAS TEXANUM. F. Rômer, sp. (PL XVI, fig. 2 à 4; pl XVII, fig. 1.)
1852. Ammonites texanus. F. Rômer, Xreidebildungen von Texas, p. 31; pl. IL, fig. 1°, 1”, AE
1858. Ammonites texanus. F. von Hauer, Cephalopoden der Gosauschichten, p. 10; pl. IT, fig. 4 à 6.
1859. Ammonites coniacensis. Coquand, Synopsis des fossiles de la formation crétacce du sud- ouest de la France.
1873. Ammonites quinquenodosus. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten
Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. NV ; p. 108; pl. XXIV, fig. 3.
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours médiocrement embrassants, croissant assez lente- ment, à section ovalaire.
Ombilic assez grand, séparé peu nettement des flancs.
Bord externe convexe, muni d’une quille arrondie peu saillante.
Flancs convexes, ornés dans l'adulte de côtes simples, droites, très peu inclinées en avant, assez larges, arrondies, séparées par des intervalles plus grands que leur largeur. Ces côtes sont interrompues sur le bord externe et ornées, sur chaque flanc, de cinq rangées de tubercules.
La première rangée est placée sur le bord de l'ombilic; la deuxième rangée est à peu près à égale distance de la première et de la troisième : celle-ci est située environ aux deux tiers de la hauteur des flancs; la quatrième rangée est séparée de la troisième par un intervalle bien moins grand que ceux qui existent entre les premières. Le quatrième et le cmquième tubercule sont beaucoup plus rapprochés encore que le troisième et le quatrième. Les deux . premiers tubercules du côté de l'ombilic consistent en nodosités arrondies ; le troisième commence à s'allonger dans le sens transverse, et les deux der- niers sont encore plus allongés dans le sens de l'enroulement.
Les échantillons de petite taïlle ont à peu près la même forme et la même ornementation que les adultes, sauf que souvent deux côtes partent ensemble d'un même tubercule ombilical : quelquefois la bifurcation est peu nette et 1l semble alors qu'il existe une côte intercalaire qui ne commence à se montrer que vers la deuxième rangée de tubercules. À un stade plus avancé, toutes les
ACANTHOCERATIDES. 81
côtes sont ordinairement simples, mais il peut arriver, même à une taille assez grande, que les côtes sont partie simples, et partie issues par paires d'un même tubercule ombilical. Coquand dit, dans la diagnose de son Ammonites contacensis, que les côtes sont alternativement simples et bifides : j'ai pu éga- lement constater cette particularité, mais sans aucune régularité dans l’alter- nance, sur un échantillon de grande taille de la cos de l'École des mines provenant de Frayssmet-le-Gélat (Lot).
Dans les jeunes, la section des tours est proportionnellement moins haute que dans les adultes, et en même temps les différences entre ies intervalles des tubercules sont moins prononcées, comme on peut le voir sur les petits échantillons représentés pl. XVE, fig. 2, 3 et 4, et comme le montrent aussi . les figures 1° et 14 de Rômer; on peut néanmoins constater que ces inter- _valles ne sont pas exactement égaux, mais vont en décroissant de lombilic
vers le bord externe.
Cloisons. — Les cloisons de cette espèce se rapportent bien exactement au type général indiqué pour les Mortoniceras ; je n'ai pas eu entre les mains d'échantillons les présentant assez nettement pour que l'on püt les dessiner
exactement.
Rapports et différences. — J'ai mdiqué précédemment les caractères qui servaient à distinguer cette espèce des autres formes affines appartenant au
meme groupe.
Observations. — Cette espèce a été établie en 1852 par F. Rômer, d'après deux échantillons de da craie du Texas. L'un, le grand exemplaire, pro- venant d'Austin, est représenté fig. 1° et 1P de la planche III. L'autre, plus petit, représenté fig. 1° et 19 de la même planche, provient de Neu-Braun- fels, vers la chute du Guadaloupe, où il est accompagné de PI. syrtale; il diffère du premier par la section de ses tours, presque carrée, et plutôt moins haute que large; en même temps les intervalles qui séparent les divers tuber- cules sont sensiblement égaux.
En 1858, M.F. von Hauer a fait connaître l'existence de cette espèce dans les couches de Gosau des environs d'Ischl; l'échantillon qu'il figure corres-
pond exactement au srand exemplaire d’Austin (Texas), représenté par
5 F. Rômer. Il fait remarquer dans sa description que sur les tours internes
sil
IMPNIMERIE NATIONALE.
82 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
deux côtes partent parfois d'un tubercule ombilical, ainsi que je l'a mdiqué plus haut.
En 1867, M. le docteur Schlüter décrit et figure comme Am. lexanus une série d'mdividus de Mortoniceras appartenant à de tout autres espèces. Getie confusion a été le point de départ des erreurs qui se sont produites vers cette époque dans la détermination de diverses formes affines, mais appartenant à d’autres types spécifiques, et c’est ainsi qu'en 1872, MM. Fritsch et Schlôn- bach rapportent à Am. texanus un échantillon de Bohème, qui n'est autre que le Mortoniceras Bourgeoisi. En 1872, M. le docteur Schlüter figure encore, sous le nom d’'Am. lexanus, une nouvelle forme, de sorte que, en 1873, se basant sur ces données, Redtenbacher refuse le nom d’Am. teranus au type précédemment figuré par M. F. von Hauer et lui donne une nouvelle déno- mination : Âm. quinquenodosus.
En 1876, M. le docteur Schlüter, reconnaissant la confusion qu'il a com- mise, sépare, sous le nom d’Am. Emscheris (Mortoniceras serrato-marginatum) , une des formes qu'il avait précédemment décrites sous le nom d’Am. texanus et figure, comme se rapportant à ce dermer type, un échantillon provenant des marnes de l'Emscher, des environs de Herten, en Westphalie. Celui-ci a sensiblement la même forme générale que l'échantillon d’Austin, et que ceux des couches de Gosau figurés par MM. F. von Hauer et Redtenbacher, c’est- à-dire qu'il a la section de ses tours beaucoup plus haute que large, mais 1 en diffère par ce caractère que les intervalles entre les tubercules sont égaux entre eux, comme le montre la figure, et comme le fait d’arlleurs remarquer M. le docteur Schlüter l).
Gisement. — En France, cette espèce n'est pas connue de l'étage conia- cien; elle se trouve seulement dans la partie mférieure de l'étage santonien, où elle est le plus souvent accompagnée de Placenticeras syrtale, notamment dans l’Aquitame, dans les couches M! et M? de M. Arnaud, à Pons, Epagnac, Miremont, Sergeac.
Dans les Corbières, cette ammonite a été trouvée dans les marnes bleues que l'on rencontre au bas du chemin de Sougraignes aux Croutets (Aude), immédiadiatement au-dessous de la couche à Lima marticensis.
Dans les Alpes occidentales, elle a été recueillie à Peaudelaure, près l’Es-
© « Beim Ammonites texanus steht die erste Hôckerreihe auf der Nabelkante und es folgen die uebrigen Reïhen in regelmässisen Intervallen. » (Schlüter, Cephalopoden. . . » P: 195.)
ACANTHOCERATIDÉS. 83
carène, au nord-est de Nice, par M. Potier, et au col des Peyres, au nord-est de Digne, par M. Kilian. k
Dans les Alpes orientales, elle ne parait pas être rare dans les couches de Gosau de la région de Salzbourg et d'Ischl; d’après M. F. von Hauer et Red- tenbacher, on la rencontrerait À Gosau, Strobl-Weissenbach, Weissenbach près Aussee, Wolfsbachau près Riefling, et Sankt-Wolfoang.
Echantillons examinés. — De l'Aquitaine, environs de Pons et Miremonti (collections Arnaud et Réjaudry), environs de Frayssinet-le-Gélat (Lot) [col- Jection de l'École des mines |.
Des Corbières, environs de Sougraignes {collections J° Jean, Toucas et À. de Grossouvre). |
De la région alpine, environs de lEscarène (Alpes-Maritimes) | collection de l'École des mines] et col des Peyres (Basses-Alpes) [collection, Kilian |.
EXPLICATION DES FIGURES.
Planche XVI.
Fic. 2. — Individu de petite taille (collection Arnaud), vu de côté et montrant des côtes tantôt simples, tantôt partant par paires d’un tubercule ombilical et ornées de cinq rangées de tubercules.
Étage santonien : assise M? de M. Arnaud. Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure). Fi. 3°. — Individu de plus petite taille encore (collection Rejaudry), vu de côté. Étage santonien : assise M? de M. Arnaud. Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure). 3
Fiç. 3°. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la forme de la section des tours.
FrG. 4°. — Fragment d'un individu de petite taille (collection Arnaud), vu de côté. Etage santonien : assise M? de M. Arnaud. Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure).
Fc. AP, —— Le même, vu du côté ventral.
Planche XVII.
Fi. 1°. — Individu de grande taille (collection Toucas), vu: de côté pour montrer les cinq rangées de tubercules qui caractérisent cette espèce et leur disposition relative.
Marnes bleues à petits fossiles situées au bas du chemin de Sougraignes- aux-Croutets (Aude),'sous la couche à Lima marticensis.
Fire. 12. —— Le même, vu du côté ventral.
84 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
MORTONICERAS PSEUDO-TEXANUM. A. pr GnossOUVRE, n. sp.
1876. Ammonites texanus. Schluter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 155; pl. XLI, fig. 1 et2; pl. XLU, fig. 11.
H résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de distinguer, comme type par- üculier, les formes voismes de M. texanum, à tours élevés, chez lesquelles les intervalles des divers tubercules sont égaux : je donne à ce type le nom de M. pseudo-texanum.
Comme en France le véritable M. texanum est seulement connu de l'étage santonien, qu'au Texas il se trouve au même niveau avec PI. syrtale, et qu'en Westphalie M. pseudo-texanum n'existe que dans l'Emscher-Mergel, équivalent de l'étage coniacien, on doit en conclure que ce dernier est une mutation de M. texanum appartenant à un niveau inférieur.
Après ce que j'ai dit précédemment, je me borne à renvoyer, pour la figure de la nouvelle espèce, à l'ouvrage de M. le docteur Schlüter.
MORTONICERAS CAMPANIENSE. À. De GROSSOUVRE, n. sp. (PI. XIII, fig. à et 3.)
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours peu embrassants, croissant un peu plus rapidement en largeur qu'en hauteur, à section tronquée sur le bord siphonal ét com- primée latéralement dans la région externe.
Ombilic moyen assez profond, à paroi verticale nettement séparée des flancs par un pourtour anguleux. ;
Le bord externe porte en son mulieu une quille arrondie peu saillante.
Les flancs sont ornés de côtes nombreuses, lésèrement infléchies en avant, séparées par des intervalles à peu près égaux à leur largeur.
Les côtes sont subtuberculées au voismage de l'ombilie, et font légèrement saillie à son intérieur. Elles sont surélevées de nouveau vers le premier tiers, puis vers les deux tiers de la hauteur des flancs. De ce dernier point partent deux côtes qui se terminent sur le bord externe par un tubercule transverse assez sallant ei qui sont, en outre, suréleyées vers la moitié de leur longueur. H existe done, sur les flancs, cinq rangées de tubercules assez nettement arrondis, sauf les plus externes, qui sont transverses.
ACANTHOCERATIDES. 85
Cloisons. — Bâties sur le type général de celles des Mortoniceras.
Observations. — Cette espèce , qui ressemble un peu à M. texanum et qui a été confondue avec lui à cause de ses cinq rangées de tubercules, en diffère par l’ensemble de ses caractères et principalement par ses côtes bifurquées au troisième tubercule.
Gisement. — Elle habite les couches inférieures de l'étage campanien.
En Aquitame, elle se trouve à Sant-Hilaire-de-Montmoreau et à Mont- moreau (Charente), et à Montils (Charente-Inférieure), dans la partie supé- rieure de l’assise P! de M. Arnaud.
Dans la région alpine, elle a été rencontrée dans les calcaires marneux exploités dans les carrières de Contes-les-Pins (Alpes-Maritimes).
Échantillons examinés. — Quatre échantillons de Samt-Hilaire-de-Montmo- reau, Montmoreau et Montils, assise P!, partie supérieure (collection Arnaud).
Un échantillon de Contes-les-Pins {collection de la Sorbonne).
Un bel échantillon du musée de Périgueux, sans indication de localité.
[
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XIII.
Fiç. 1°. — Fragment d'un individu (collection Arnaud), vu de côté pour montrer l'or- nementation des flancs, qui consiste en côtes portant cinq tubercules et se bifurquant au troisième, à partir de l’ombilic.
Couches marneuses de la partie supérieure de l’assise P1 de M. Arnaud : Campanien inférieur. ASE - Saint-Hilaire-de Montmoreau (Charente).
Fre. 1P. —— Le même, vu du côté ventral.
Fic. 3°. — Fragment d'un individu (collection Arnaud), vu de côté, de plus grande taille que le précédent et montrant plus nettement la quatrième rangée de tubercules.
Couches marneuses de la partie supérieure de l’assise P! de M. Arnaud : Campanien inférieur. Saint-Hilaire-de-Montmoreau (Charente).
Fig. 3. — Section des tours du précédent.
86 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
RÉSUMÉ.
Les Mortoniceras constituent donc un groupe très homogène, dont les di- vers membres présentent entre eux de grandes affinités, ce qui a parfois occa- sionné des confusions dans leur détermination. C'est ainsi qu'on a donné souvent le nom d’Ammonites texanus à des Mortoniceras, qui sont réellement bien distincts du type de Rômer.
L'extension géographique de ce genre est fort grande, notamment en Eu- rope : ses représentants se montrent en assez grand nombre en Bohème, en Westphalie, en Touraine, en Aquitame, en Périgord, dans les Corbières, dans le bassin de Dieulefit, dans les Alpes occidentales et enfin dans les Alpes orientales {couches de Gosau).
Mortoniceras texanum, qui paraît avoir spécialement une grande extension, a été indiqué encore dans la craie de PAfrique du Nord; 1 existe d'ailleurs au Texas, qui a fourni le type de cette espèce.
Je ne crois pas qu'on ait signalé de vrais Mortoniceras dans la craie de l'Inde.
Ce genre apparaît dès le début de l'étage coniacien et à son maximum de développement vers sa limite supérieure. Le dernier représentant connu appartient à la base du campanien, où il se trouve assez isolé, puisque aucun
Mortoniceras n’a encore été indiqué dans le santonien supérieur.
RÉPARTITION VERTICALE DES MORTONICERAS.
CONIACIEN SANTONIEN
ESPÈCES OBSERVÉES. 3 SHARE NT ARTTRES INFÉRIEUR ET MOYEN.
CAMPANIEN
; b 2 INFÉRIEUR. |} SUPÉRIEUR. | INFÉRIEUR. | SUPÉRIEUR.
. Zeilleri, n. sp
£ serrato-marginatum , Redt, sp . Bourgeoist, d'Orb, sp
. Bontanti, n.
: Desmondi, n. sp
. pseudo-texanum , n. sp
- texanum, Rômer, sp!
M. campaniense, n. sp
ACANTHOCERATIDES.
Go J
Genre GAUTHIERICERAS. A. DE GROSSOUVRE, nov. gen.
Je distmgue sous ce nom générique une série d'espèces dont les tours à section subquadrangulaire présentent sur leur bord externe une quille médiane très saullante : en dehors de ce caractère extérieur, les cloisons offrent aussi certaines particularités spéciales qui les placent comme formes de transition entre celles des Mortoniceras et celles du genre suivant, Peroniceras.
Les Gauthiericeras ont, comme les Mortoniceras, des cloisons moims dé- coupées que celles des Peroniceras ; leur premier lobe latéral diffère de celui de ces derniers par l'absence d'une fourche terminale nettement individua- lisée.
Par contre, les lignes suturales des Gauthiericeras et des Peroniceras, moins réduites que celle des Mortoniceras, ont la mème disposition générale : dans les deux genres, l'extrémité supérieure de la troisième selle latérale est située bien au-dessous du niveau des extrémités des deux premières, circonstance toute différente de ce que l’on trouve dans les Mortoniceras.
Je prends comme type de ce genre Ammonites Margæ, Schlüter, dont je donne ci-dessous le dessin des cloisons.
Fig. 34.
Gauthiericeras Marge (gros. = 3,3), d'après l'échantillon représenté pl. XV, fig. 2. gæe\s } P I » ns
O9 (+)
LES AMMONITES DE LA GRAIE SUPÉRIEURE.
GAUTHIERICERAS BAJUVARIGUM. ReDTENBAGHER, sp.
(PL IX, fig. 13 PL XII, fig. » et 3.)
1873. Ammonites bajuvaricus. Redtenbacher, Die Cephulopodenfauna der Gosauschichten ; Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. V, p. 107, pl. XXIV, fig. 2. 1885. Ammonites Isamberti. Fallot, Crétacé du sud-est de la France, p. 232, pl. Il, fig. 1.
Coquille discoïdale, comprimée, à tours peu embrassants, à flancs plats, à bord externe subconvexe, portant en son milieu une quille saillante assez marquée, bordée de deux petits méplats limités par deux carènes à peme visibles.
Ombilic de grandeur moyenne, peu profond, à paroi verticale se raccor- dant avec les flancs par un pourtour un peu anguleux.
Sur le bord de l'ombilic prennent naissance des côtes surélevées à son vor sinage immédiat : elles sont droites, légèrement obliques en avant et se termi- nent vers le bord externe par un tubercule presque rond, à peine transverse. Les côtes taniôt restent simples, tantôt se bifurquent d’une manière un peu obscure à mi-hauteur des flancs; la proportion des côtes simples et des côtes bifurquées est variable d’un échantillon à un autre.
Quand la coquille s'accroît, les côtes s'effacent peu à peu et les flancs deviennent à peu près lisses, sauf sur le bord ombilical et sur le pourtour externe où l’on apercoit encore quelques nodosités.
Les échantllons figurés paraissent bien conformes au type décrit par Red- générale et le même mode d’ornementation : seulement, Redtenbacher indique dans sa description que la quille médiane est bordée de deux légers sillons, ce
tenbacher sous le nom d’Ammonites bajuvaricus. C'est la même forme
que ne montre pas bien nettement la figure. D'ailleurs, à première vue, les échantillons que J'ai examinés paraissent posséder aussi des sillons et ce n’est qu’en les examinant avec soin qu’on voit que l’ensemble de la quille médiane et des méplats en donne l'illusion. Le dessin des’ cloisons de cette espèce donné par Redtenbacher présente beaucoup d’analogies avec celui des échan- tillons que j'y rattache et est notamment bien caractérisé par la forme de son premier lobe latéral.
M. Fallot a décrit une espèce des grès de Dieulefit à laquelle il a donné le nom d’Ammonites Isamberti; elle me parait devoir être rattachée au même
ACANTHOCERATIDÉS. 39
iype spécifique, et elle diffère seulement d’A. bajuvaricus par son ombilic plus large et ses côtes plus fortes.
Nous avons donc avec les échantillons de la Touraine et de Dieulefit une série de formes constituant des variations d’un même type spécifique, en rap- port avec les dimensions de lombilic.
Redtenbacher a décrit sous les noms d’Am. Aberlei (loc. cit., p. 111, pl. XXV, fig. A) et Am. propoetidum (p.116, pl. XXVI, fig. 6) deux formes bien voisines de Am. bajuvaricus comme aspect extérieur, mais s'en distin- guent par le dessin de leurs cloisons, dont le premier lobe latéral est à ter- minaison impaire. Les tubercules du bord de lombilic sont aussi beaucoup plus prononcés, et sous ces divers rapports ces deux espèces se rapprochent plutôt du groupe des Schlünbachia Fournieri, n. sp., et Schl. Bertrand, n. sp.
Cloisons. — La ligne suturale très réduite comprend seulement, outre le lobe siphonal, deux lobes latéraux et un lobe auxihaire ; le deuxième lobe latéral est très petit et pourrait presque être considéré comme un lobule; la troisième selle latérale est très surbaissée, ce qui donne à la ligne suturale un aspect tout différent de ce que l'on voit chez les Mortoniceras.
Gauthiericeras bajuvaricum (gros. — 4,30), d’après l'échantillon représenté pl, XI, fig. 3,
»
Gisement. — En France, cette espèce se trouve dans les couches de l'étage coniacien ; en Touraine, dans les calcaires durs qui constituent la base de Ia craie de Villedieu; en Aquitaine, dans l’assise L! de M. Arnaud, à Cognac.
Echantillons examinés. — Quatre échantillons de la parte inférieure de la craie de Villedieu (collection de l’École des mines, collections de l'abbé Bour- geois et Le Mesle).
Un échantillon des environs de Cognac, assise L!.
12
IMPRIMERIE NATIONALE
90 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche IX.
FiG. 1. — Individu adulte {collection Le Mesle), vu de côté pour montrer l’ornementa- tion des flancs qui reste la même jusqu'à l'extrémité du dernier tour; les côtes qui réunissent les tubercules ombilicaux aux tubereules externes s'at- ténuent seulement sur les derniers tours. On apercoit la quille ventrale qui se détache des flancs.
Partie inférieure de la cräie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, . commune de Couture (Loir-et-Cher).
Planche XII.
FiG. 2°. — Individu (collection de l'École des mines) vu de côté. Calcaires de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fig. 22. — Le même, vu du côté ventral.
FrG. 3°. — Individu {coilection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy) vu de côté. Calcaires de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Rihochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fc. 32. — Le même, vu du côté ventral.
| GAUTHIERICERAS MARGÆ. Scncürer, sp. J (PL XV, fig 1 ct ».) 1867. Ammonites Margæ. Schlüter, Jüngsten Ammoneen Norddeutschlands, p. 29; pl. V, fig. 2. 1872. Ammonites Margæ. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreïde, p. 43; pl. XIF, fig. ls
1873. Ammonites Margæ. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. V, p. 109 ; pl. XXV, fig. 1.
Coquille discoïdale, comprimée, à ombilice moyen.
Spire formée de tours peu embrassants, croissant d'ordinaire plus vite en hauteur qu'en épaisseur : chaque tour recouvre le précédent sur environ le. liers de sa hauteur. | |
Ombilic moyen se raccordant avec les flancs par un pourtour bien arrondi.
Bord externe, subconvexe, portant une quille saillante ornée de légères crénelures; de chaque côté de la quille se trouve un méplat limité par une arète, souvent invisible sur les échantillons mal conservés.
Les flancs sont ornés de côtes larges, fortes, séparées par des intervalles bien supérieurs à leur largenr, Près de l’ombilic, ces côtes sont très saillantes,
ACANTHOCERATIDES. 91
pincées et forment une sorte de crête bien marquée qui s'étend un peu au delà du premmer tiers de la hauteur des flancs, puis s’atténuent notablement à partir de ce pot et continuent, soit simples, soit bifurquées, jusqu'au bord externe, où elles s'arrêtent à une certaine distance des carènes latérales, se terminant par un tubercule très saillant, très épais et un peu allongé dans le sens de la spirale d’enroulement.
Lorsqu'il y a bifurcation, les deux côtes externes s'infléchissent de part et d'autre de la direction de la côte ombülicale ; lorsque les côtes restent simples, elles sont irès légèrement flexueuses.
La proportion des côtes simples et des côtes bifurquées varie beaucoup pendant les diverses périodes de développement de la coquille : sur les échan- ons jeunes et en général jusqu'au diamètre de 80 millimètres, elles alter- nent plus ou moins régulièrement; plus tard, la proportion des côtes bifur- quées diminue et finalement toutes restent simples.
À un certain degré de développement, les côtes ombilicales ne forment plus la crête nette et tranchée dont je viens de parler, mais seulement une parte surélevée et pincée dont la saillie croît puis décroit régulièrement à parür de l’ombilic; les côtes s’effacent ensuite dans la région médiane et dans la région externe des flancs.
Cloisons. — Analogues à celles de l’espèce précédente, comme le montre
le dessin ci-dessous. Fig. 36.
nu
Gauthiericeras Margæ (gros. = 3,3), d'après l'échantillon représenté pl. XV, fig. 2.
Observations. — L'identification des échantillons que j'ai en vue avec Am.
12.
92 LES AMMONITES DE LA €RAIE SUPÉRIEURE.
Margæ, Schlüter, ne me parait pas douteuse, bien que ce savant n'ait pas si- gnalé l'existence des deux arêtes latérales qui accompagnent la quille ventrale ; mais celles-ci ne sont visibles que sur les échantillons en bon état de conser- vation et formés par une roche suffisamment dure. De même la crénelure de la quille n'a pu être observée que sur un seul échantillon en raison de l'état de conservation de cette partie de la coquille. On sait d’ailleurs que dans le terrain jurassique, on trouve des échantillons d’Am. canaliculatus qui ont indifféremment la quille lisse ou dentelée.
Parmi les formes qui se rattachent à G. Margæ, quelques-unes s’en écartent par leur ombilic beaucoup plus large et leurs tours beaucoup moins élevés. Ainsi chez un échantillon des environs de Torsac (Charente) [collection Boreau-Lajanadie], ayant 20 centimètres de diamètre et un ombilic de 10 cen- ümètres, le dernier tour n’a, à son extrémité, que 6 centimètres de hauteur : c'est donc une forme à large ombilic et à tours peu élevés; les côtes sont simples, droites, presque radiales, espacées et au nombre de 20 sur le der- nier tour.
Gisement. — Cette espèce habite partout l'étage coniacien. En Touraine, elle se trouve dans les calcaires durs qui forment la base de la craie de Ville- dieu ; en Aquitaine, dans l’assise L? de M. Arnaud; dans les Corbières, dans les calcaires marneux immédiatement inférieurs aux couches à Micraster brevis.
M. Schlüter la signalée dans les marnes de l’Emscher, sur la bordure méridionale du bassin de Westphalie, principalement dans les environs de Herne. Un échantillon qui avait été indiqué primitivement comme venant des marnes à P. quadrata, d'Osterfeld, doit, d’après la rectification de M. le doc- teur Schlüter, être considéré comme venant plus probablement des marnes de Stoppenberg, près Essen (étage de l’Emscher).
Redtenbacher en a figuré un individu provenant de Glaneck, près Salzbourg.
Echantillons examinés. — Deux échantillons de la base de la craie de Villedieu (coliections À. et G. de Grossouvre).
Divers échantillons de la Charente et de la Dordogne (assise L? de M. Ar- naud); Torsac près Angoulème, Fouquebrune, Périgueux, Sarlat... .. (col- lections Arnaud, Boreau-Lajanadie).
Plusieurs échantillons des Corbières (collections Péron et_A. de Gros- souvre).
ACANTHOCERATIDÉS. 93
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XV.
Fig. 1°. — Individu de taille moyenne (collection G. de Grossouvre) vu de côté, mon- trant l'ornementation de l'adulte qui consiste en côtes simples, légèrement sinueuses, un peu infléchies en avant: on voit cependant encore sur le dernier tour une côte bifide.
Calcaires durs de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribo- chère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fig. 1. — Le même, vu du côté ventral.
Fig. 2 — Individu de petite taille (collection À. de Grossouvre) vu de côté, montrant des côtes tantôt simples, tantôt bifides. On peut voir que la quille ventrale est dentelée.
Calcaires durs de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribo- chère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fi. 22. — Le même, vu du côté ventral, l'ouverture en arrière. Fig. 2. — Le même, vu du côté ventral, représenté de manière à montrer la section des tours. L L RESUME.
Les Gauthicriceras sont assez abondamment répandus dans la craie d'Eu- rope : Westphalie, Touraine, Aquitame, Corbières, bassm de Dieulefit, Alpes orientales (couches de Gosau).
Hs caractérisent l'étage coniacien, où ils paraissent être assez strictement cantonnés; il est très probable cependant qu'Ammonites Bravaisi, d'Orb., de l'étage turonien supérieur, -doit être rapporté à ce genre.
Ammonites inflatus, dont la forme et l'ornementation rappelleraient assez celles de Gauthiericeras Margæ, possède des cloisons différentes en raison de la fourche terminale bien développée du premier lobe latéral.
Genre. PERONICERAS. A. DE GROssOUVRE, nov. gen.
A
Je donne le nom générique de Peroniceras à un groupe de formes pré- sentant d'assez grandes affinités avec les Mortoniceras et les Gauthiericeras, mais s'en distinguant par leur bord externe orné de trois quilles et par une ligne suturale beaucoup plus découpée et plus élancée qui rappelle celle des
94 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Stoliczkaïa : le premier lobe latéral est, comme dans ce dernier genre, assez étroit et terminé par une fourche bien nette. La troisième selle latérale a aussi son extrémité supérieure bien au-dessous de celles des deux premières.
Je prends comme type de ce genre Peroniceras Moureli, dont je donne ci- dessous le dessin de la cloison de grandeur naturelle.
SV 2 D
Peromiceras Moureti (grand. nat.), d'après un échantillon de la craie de Villedieu.
PERONICERAS SUBTRICARINATUM. D'Ors., sp.
(PL X, fig. 1, » et 3; PL XI, fig. 1.)
1810. Ammonites tricarinatus. D'Orbigny, Paléontologie française, Terrains crétaces, 1, p-: 307, pl. XCI, fig. 1 et 2. À
1850. Ammonites subtricarinatus. D'Orbigny, Prodrome de paleontologie, t. IL, p. 212. Ter- rains crétacés, 22° étage, n° 9.
1863. Ammonites subtricarinatus. Stoliczka, Cephal. of Southern India, p. 54; pl. XXXI, fig. 3. €
1867. Ammonites tridorsatus. Schlüter, Jüngsten Anmoneen Norddeutschlands, p. 26, pl. V, fig. 1.
1872. Ammonites tricarinatus. Schlüter, Cephalopoden der oberen deuischen Kreide, p. 44,
pl. XII, fig. 1 à 4.
Coquille discoïdale, comprimée, à flancs plats, à bord externe subcon- vexe, orné en son milieu d’une quille saïllante assez marquée, accompagnée de deux quilles latérales plus faibles.
Ombilic de grandeur variable, ordinairement assez grand, peu profond, à paroi verticale se raccordant graduellement avec les flancs par un pourtour arrondi un peu pincé. |
Les flancs sont ornés de côtes droites très faiblement obliques en avant, tantôt simples, tantôt bifurquées. Sur le bord de l'ombilic, elles sont légère- ment surélevées ou subtuberculées dans le sens de leur longueur et elles se
ACANTHOCERATIDÉS. 95
terminent vers le bord externe par un tubercule un peu allongé dans le sens de l’enroulement. Les côtes tantôt restent simples, tantôt se bifurquent un peu au-dessous de la moitié de la hauteur des flancs. La proportion des côtes simples et des côtes bifurquées est variable : parfois ces dernières prédomi- nent, d’autres fois l'inverse a lieu: souvent les unes et les autres alternent régulièrement.
Cette espèce a été établie par d'Orbigny sur deux échantillons provenant des couches crétacées des Corbières : comme je n’ai pas eu l’occasion d’ob- server d'échantillons complètement identiques à ceux-ci, je crois devoir rap- peler ici la diagnose donnée par d’Orbigny pour cette espèce, en même temps que je fais figurer de nouveau (pl. X, fig. 1) l'individu qui lui a servi de type et qui se trouve dans sa collection, conservée au Muséum d'histoire naturelle de Paris :
« Dimensions : diamètre, 73; épaisseur, 18 ; largeur du dernier tour, 17.
Coquille discoïde, comprimée, ornée en travers par tour de vingt-quatre côtes qui partent du pourtour de l’ombiic et forment immédiatement un fort tubercule comprimé, une sur deux se bifurquant ensuite pour aller former une rangée de tubercules de chaque côté du dos. Les côtes qui ne se bifur- quent pas ont seulement un tubercule à chacune de leurs extrémités. Dos large, coupé carrément, et pourvu de trois quilles parallèles, celle du milieu un peu plus grosse. Spire composée de tours déprimés, très étroits, carrés, entièrement à découvert. Le dernier a les 22/100 du diamètre entier. Bouche plus large que haute, carrée, évidée sur les côtés. Cloisons meonnues. »
Sur l'échantillon qui a servi de type à d'Orbigny, on compte 36 tubercules externes pour 20 tubercules internes. On voit donc qu'il n'y a pas, comme le dit d'Orbigny dans sa description, alternance régulière des côtes simples et des côtes bifurquées, et que ces dernières prédominent au contraire.
Leur proportion varie beaucoup d’un échantillon à un autre. Par exemple, sur la figure de individu que M. le D: Schlüter a fait représenter comme ap- partenant à cette espèce (Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, pl. XHE, fig. 1 et 2), les côtes simples sont en nombre plus considérable que les autres U), |
Les échantillons de l'Inde, provenant des environs de Frichmopoly (Trichi- nopoly group), figurés par Stoliczka, montrent aussi des côtes tantôt smmples,
©) Le dessinateur parait avoir représenté cette espèce assez inexactement, car les proportions ne sont pas.les mêmes dans les figures 1 et 2.
96 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
tantôt bifurquées; sur le dernier tour, elles sont toutes à peu près simples (pl. XXXE, fig. 3) 0.
La proportion des côtes simples et des côtes bifurquées est donc excessive- ment variable d’un individu à un autre, et l’on peut admettre qu'il y a tous les passages entre le P. subtricarinatum, type, et les variétés à côtes simples. Celles-ci se rapportent alors au type figuré par M. le docteur Schlüter sous le nom d’Ammonites tridorsatus.
Tel est, par exemple, l'échantillon de la craie de Villedieu (niveau infé- rieur) représenté planche X, fig. 2; comme forme générale, il se rapporte tout à fait au type d’Am. subtricarinatus, mais toutes ses côtes sont simples.
Tel est encore celui de Rennes-les-Bains, figuré planche X, fig. 3.
H y a donc lieu de distinguer dans les formes se rapportant à ce type :
1° Peroniceras subtricarinatum, type, chez lequel les côtes simples et les côtes bifurquées sont en nombre à peu près égal;
2° Peroniceras subtricarinalum, var. tridorsatum, Schlüter, pour les variétés dont toutes les côtes sont simples.
Cloisons. — Les cloisons de cette espèce sont bâties sur le plan de celles des Peroniceras en général : je n'ai pas eu entre les mains d’échantillon qui
les ait présentées en état de conservation suffisante pour permettre de les dessiner,
Observations. — Cette espèce a été établie en 1840 pour d’Orbiony, sous le nom d’Ammoniles tricarinatus; mais en 1850 1l changea ce nom en celui d’Am. subtricarinatus, parce qu'il existait déjà un Am. tricarinalus de Poitiez (1838).
Cependant, en 1872, M. le docteur Schlüter crut devoir reprendre le nom de tricarinalus, en se basant sur ce que le nom de Poitiez ne se rapportait certainement pas à une ammonite, mais à un foraminifère ©). En remontant à l'original, on peut se convaincre que le fossile désigné par Poitiez sous le nom de tricarinatas est bien réellement une ammonite, et que c'est Am. cordatus.
® Il y a lieu de remarquer aussi que la forme de la section des tours n'est pas la même suivant . que l'on se reporte à la figure 3° ou à la figure 3°. ® «Den Namen aubelangend, so muss die erste von d'Orbigny gegebene Bezeichnung aufrecht erhalten bleiben, da es sonst keinen Am. tricarinatus gibt. Die angebliche ältere Bezeichnung * von Poitiez bezieht sich wohl nur auf eine Foraminifere. »
ACANTHOCERATIDES. 97
En conséquence, il convient de garder le nom d'Am. subtricarinalus pour le type de d’Orbigny.
L’Am. subtricarinatus de Westphalie figuré par M. le docteur Schlüter diffère quelque peu du type de-d’Orbigny en raison de la forme de son bord externe, tel que le représente la figure 2 de la planche IV (Schlüter, loc. cit.), d’après laquelle 11 semblerait qu'il existe seulement de chaque côté de la quille médiane deux méplats séparés des flancs par une arète bien nette; le texte permet cependant de rectifier cette erreur de dessin, car il y est dit que la quille médiane est accompagnée de deux petites quilles limitant deux sillons peu profonds. « Die beiden Bauchkanten pflegen ein wenig vorzutreten und «die zwischen diesen und dem mittleren Kiele gelegenen Partien etwas «eingesenkt zu sein, so dass der Bauch wie mit drei Kielen versehen er- « scheint. » En tout cas, il résulte de là que les quilles latérales sont moins prononcées que dans les échantillons des Corbières et se rapprochent davan- tage de la disposition que nous trouverons dans P. westphalicum.
Les échantillons des environs de Trichmopoly (Inde) du Trichinopoly group, décrits et figurés par Stoliczka, se rapportent assez bien au type de d'Orbigny et montrent des côtes en partie simples, en partie bifides, qui deviennent à peu près toutes simples sur le dernier tour.
Gisement. — Cette espèce est cantonnée en France dans l'étage coniacien ; en Westphalie, elle habite principalement l'étage de l'Emscher, mais M. le docteur Schlüter signale son existence à la partie supérieure de l'étage turo- men (Cuvieri-Pläner), où elle serait d’ailleurs assez rare.
Échantillons examinés. — Deux échantillons de la base de la craie de Ville- dieu, Touraine {collection de l'École des mines, collection Le Mesle).
Deux échañtillons de l'Aquitame : la Boulenerie, près Jonzac (Charente- “rieue) [collection Réjaudry], assise L! de M. Arnaud.
Deux échantillons des Corbières, environs de Rennes-les-Baims (Aude) [collection d'Orbigny au Muséum d'histoire naturelle, collection de l'École des mines].
Un fragment d’ammonite des environs d’Argens (Basses-Alpes) [collection de l'École des mines | m'a paru pouvoir être rapporté à cette espèce.
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LMPBIMERIE NATIONALE,
98 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche X.
Fic. 1°. — Individu (collection d'Orbigny au Muséum d'histoire naturelle) type de l'es- pèce, déjà représenté par d'Orbigny; vu de côté pour montrer les côtes partie simples, partie bifides.
Calcaires durs de la base de l'étage sénonien. Environs de Rennes-les-Bains (Aude).
Fic. 1. — Le même, vu du côté ventral.
Fic. 2. — Individu (collection Le Mesle) appartenant à la var. tridorsatum, vu de côte, chez lequel les côtes sont toutes simples.
Calcaires durs de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).
Fuc. 3°. — Individu (collection de l'École des mines) appartenant à la var. tridorsatum , vu de côté. :
Calcaires de la base de l'étage sénonien. Chemin de Rennes-les-Bains à Montferrand (Aude).
F1G. 32. — Le même, vu du côté ventral.
Planche XI.
Fi. 1°. — Individu (collection Rejaudry) appartenant à la var. tridorsatum, vu de côté, montrant bien nettement les tubercules radiaux qui se trouvent vers l'ori- gine des côtes et les tubercules transverses par lesquels celles-ci se ter- minent sur le pourtour externe.
Fic. 1°. — Le même, vu du côté ventral, montrant la section des tours qui est presque carrée.
PERONICERAS WESTPHALICUM. Sonrürer, sp. (PI. XII, fig. 1 et 4.)
1867. Ammonites westphalicus. Schlüter, Jüngsten Ammoneen Norddeutschlands, p- 50, pl. VI,
fig. 2. 1872. Ammonites westohalicus. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 45, pl. XIIT, fig. 5 et 6.
Je rapporte à cette espèce deux échantillons de la craie de Villedieu, qui me paraissent correspondre assez bien aux descriptions et aux figures données par M. le docteur Schlüter.
Le nom a été donné primitivement, en 189, par von Strombeck (Zeit- schrift d. deulsch. geol. Ges., t. XVI, p. 56) à des exemplaires des marnes
ACANTHOCERATIDÉS. 99 grises (Emscher) de la bordure méridionale du bassin crétacé de la West- phalie. Le type créé par Strombeck est appuyé seulement sur une description sans figure. Ce n’est qu'en 1867 que M. le docteur Schlüter a fixé cette es- pèce en faisant figurer un échantillon des environs d’Essen; mais tandis que,
d'après la description de Strombeck, les individus que celui-ci y rattachait avaient une hauteur de tours double de la largeur, dans lexemplaire trouvé par M. le docteur Schlüter, le rapport de ces deux dimensions est de 4 à 3. Dans son second ouvrage, M. le docteur Schlüter a figuré un autre exem- plaire des environs d’Altenessen, chez lequel la hauteur des tours est assez grande : l’'ornementation est bien voisme de celle de l'échantillon figuré ici, pl. XII, fig. 4. Les côtes sont surélevées sur le bord de l'ombiic en un tuber- cule pincé dans le sens de la longueur, comme chez Gauthiericeras Marge ; les quilles latérales sont très peu saïllantes et semblent plutôt consister en deux arêtes, limitant un petit méplat du bord externe, de chaque côté de la
quille siphonale.
Cloisons. — Elles sont analogues à celles des autres Peroniceras et en parti-
culier à celles de P. Moureti, comme on peut le constater sur la figure 4 de
la planche XII. Fig. 38.
* Peroniceras westphalicum (gros.= 2,4), vue des cloisons, d’après l'échantillon
de la craie de Villedieu représenté pl. XIT, fig. 4.
Rapports et différences. — Peroniceras westphalicum se distingue de P. sub- tricarinatum par ses tours un peu plus recouverts, l'absence de tubercules proprement dits autour de l’ombilic, et ses quilles latérales beaucoup moins prononcées : il parait assez probable que cette forme n’est au fond qu’une
variation de 2. subtricarinatum. ; 13.
100 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
Gisement. — En France, cette espèce n’a été trouvée que dans les calcaires durs qui forment la base de la craie de Villedieu. En Allemagne, elle se trouve dans les marnes de l'étage de l'Emscher (Westphalie).
Échantillons examinés. — Deux ‘échantillons (collection de l'École des mines et collection Le Mesle) provenant de la base de la craie de Villedheu, Touraine.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XI. Fic. 1. — individu (collection de l'École des mines), vu de côté, différent du type par ses côtes, qui sont presque toutes simples. Craie de Villedieu, Touraine. Fic. 4°. — Individu (collection Le Mesle), vu de côté pour montrer les côtes, tantôt: simples, tantôt bifides, qui ornent les flancs. Calcaires durs de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher). FiG. 4°. — Le même, vu du côté ventral.
PERONICERAS MOURETI. À. ps GRossouvRE, n. sp. (PI. XI, fig. 3 et 4.)
1876. Ammonites cf. tridorsatus. Schlüter. Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 158; pl. ALT, fig. 3 à 5.
Coquille discoïdale, comprimée.
Spire formée de tours peu embrassants, croissant très lentement, à flancs plats, à bord externe subconvexe, orné en son milieu d'une quille lisse, ac- compagnée de deux quilles latérales dont elle est séparée par des concavités peu prononcées; de chaque côté des quilles latérales, il existe un mébplat oblique se raccordant avec chacun des flancs de la coquille.
Ombilic grand, peu profond, limité par un pourtour largement arrondi.
Les flancs sont ornés de côtes simples, obliques en avant; elles naissent sur le bord de l'ombilic et se dirigent en avant en décrivant une courbure dont la convexité est tournée vers l'arrière ; arrivées à une certaine distance du bord ombilical, elles se surélèvent en un tubercule pincé dans le sens radial, puis elles s’abaissent et s’élargissent au fur et à mesure qu'elles s'éloignent de l'ombilic. Elles se terminent sur le bord externe par un tubercule trans- verse, c'est-à-dire allongé dans le sens de la spirale d’enroulement. Les côtes
ACANTHOCERATIDÉS. 101
sont assez rapprochées et séparées par des intervalles un peu supérieurs à leur largeur.
Rapports et différences. — Cette espèce est très voisine de Peroniceras tri- dorsatum, Schlüter, mais elle en diffère par ses côtes plus nombreuses, plus rapprochées et surtout plus infléchies en avant. L’échanüllon que M. le doc- teur Schlüter a figuré sous le nom d’Ammonites cf. tridorsatus peut être rap- porté avec certitude à cette espèce.
M. Fallot a décrit, sous ie nom d’Ammonites L’Epéet, une forme des grès de Dieulefit, qu'il a séparée de Am. cf. tridorsalus, Schlüter, à cause de sa quille médiane beaucoup plus accentuée et de l'absence d’un petit tubercule vers l'extrémité ombilicale des côtes. Ces différences tiennent peut-être à l'état de conservation des échantillons examinés par M. Fallot. En tout cas, le caractère basé sur la saillie de la quille médiane est peu accusé, même sur la figure de M. Fallot. Quant au tubercule de l'extrémité ombilicale des côtes, il est très peu marqué, comme l'a d’ailleurs indiqué M. le docteur Schlüter, et il con- siste uniquement en une surélévation locale qui fait défaut dans lexemplaire figuré par M. Fallot. J'ai entre les mains un échantillon des grès de Dieulefit (collection Sayn), complètement identique à ceux de Touraine, dont les côtes possèdent bien des tubercules ombilicaux.
Cloisons. — J'ai déjà mdiqué plus haut les caractères particuliers de la ligne suturale de cette espèce ; je me borne donc à en répéter le dessin c- dessous.
Peroniceras Moureti (grand. nat.), d'après un échantillon de la craie de Villedieu.
Gisement. — Cette espèce habite l’étage coniacien, et plus particulière- ment les couches inférieures de cet étage. Elle à été rencontrée en Touraine, en Aquitaine, à Dieulefit, dans l'étage de l’'Emscher en Westphalie, dans ja craie du souterrain de Maillot, près Sens (dans la zone H de M. Lambert,
102 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
c'est-à-dire à la partie supérieure de la craie à Micraster cortestudinarium), et dans la craie de Lezennes, près Lille, au mème niveau.
Échantillons examinés. — Plusieurs échantillons des calcaires durs qui forment la base de la craie de Villedieu (collection de l'Ecole des mines, collections Le Mesle, Péron).
Un échantillon de la craie de Lezennes, près Lille (collection de la Faculté des sciences de Llle).
Un échantillon des grès de Dieulefit.
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XI. Fic. 5. — Individu (collection Réjaudry), vu de côté.
Étage coniacien moyen. Assise L! de M. Arnaud. La Boulenerie, près Jonzac (Charente-Inférieure).
Fig. 4°. — Individu (collection de l'École des mines), type de l'espèce, vu de côté : dans cette espèce, comme dans P. subtricarinatum, les côtes possèdent, près de lombilic, des tubercules pincés dans le sens de la longueur et, près du bord externe, des tubercules transverses: mais elles sont inclinées en avant au lieu d'être normales.
Calcaires tendres gréseux de la base de la craie de Villedieu. Courtiras, près Vendôme (Loir-et-Cher). Frc. 4}, — Le même, vu du côté ventral.
F1G. 4°. —— Le même, section des tours.
PERONICERAS ROUSSEAUXI. A. De GRosSOUVRE, n. sp. (PL XI, fig. 5.)
Forme très voisme de la précédente, dont elle se distingue par ses côtes un peu..infléchies en avant, moins droites, plus convexes en arrière, par le tubercule de l'extrémité des côtes moins transverse et presque rond, et enfin par la forme de la section des tours, qui est moins haute que large, bien que cet mdividu ait un ombilic relativement plus grand que P. Moureti, type, ce qui ne permet pas de considérer cette forme comme une variété de cette dernière espèce.
Gisement. — L’échantillon figuré provient des couches moyennes du conia- cien, assise L! de M. Arnaud, des environs de Saint-Simon-de-Jonzac.
ACANTHOCERATIDEÉS. 103
EXPLICATION DES FIGURES. Planche XI.
Fic. 5°. — Fragment d'un individu (collection Arnaud), vu de côté. Etage coniacien : assise L! de M. Arnaud. Saint-Simon-de-Jonzac (Charente-Inférieure).
Fig. 57. — Le même : section des tours, pour montrer la forme de la section, qui est beaucoup plus large que haute, bien que la dimension de l'ombilic soit proportionnellement moins grande que dans P. Moureti.
PERONICERAS CZORNIGL REDTENBACHER, sp. (PI. XI, fig. 2.)
1873. Ammonites Czérnigi. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. der k. k. geoloq. Reichsanstalt, t. V, p. 105, pl. XXIIT, fig. 4. 1885. Ammonites Czôrnigi. Fallot, Crétacé du sud-est de la France, p. 229, pl. I, fig. 2.
Cette espèce, qui se rattache au groupe de Peroniceras Mfoureti par sa forme et son mode d’ornementation, s'en distingue principalement par l'ab- sence de tubercules ombilicaux. On voit, sur l'échantillon qui a servi de type à Redtenbacher, s’'iniercaler, entre les côtes ombilicales, quelques côtes auxi- liaires plus courtes; mais ce dernier caractère ne peut être considéré comme absolument constant, et 1l est fort probable que dans les diverses espèces de Peroniceras les côtes peuvent tantôt rester simples et tantôt se mulüplier sur la région externe des flancs.
Je rapporte à cette espèce, comme variété, un exemplaire des grès de Dieulefit (pl. XI, fig. 2) caractérisé par ses tours beaucoup plus:élevés et plus embrassants et ses côtes plus serrées ; celles-ci offrent cette particularité intéressante de porter des rides parallèles à la spirale d’enroulement, carac- ière que l’on observe assez fréquemment chez diverses ammonites et en par- tüiculier chez Ammonites inflatus.
L’échantillon figuré par M. Faïlot sous le nom d’Ammonites Czôrnigi parait bien se rattacher au type de Redtenbacher; cependant ses côtes sont plus larges dans la région ombiicale des flancs que chez ce dernier.
Peroniceras L'Epéei, Falloi, sp., doit probablement être considéré comme une mutation de ce type, dont il diffère par une spire moms embrassante, et en même temps par une section des tours plus élancée; tandis que s'il n’en
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104 LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.
était qu'une simple variété à ombilic large, il devrait posséder, au contraire, une section des tours plus épaisse.
Gisement. — Cette espèce habite l'étage coniacien : en France, elle n’est connue que des grès de Dieulefit. Dans les Alpes orientales, on la trouve dans les couches dites de Gosau, gisement du ravin Schmolnauer Alp, près Strobl-Weissenbach.
Échantillon examiné. — Un seul provenant des grès de Dieulefit (Drôme).
‘EXPLICATION DES FIGURES.
Planche XI.
Fig. 2°. — Individu (collection de la Sorbonne), vu de côté. Grès verdâtres de Dieulefit (Drôme). Fic. 2, — Le même, vu du côté ventral. RESUME.
Les Peroniceras sont confmés en France dans l’étage comacien; cependant M. le docteur